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Le 10 décembre, Nelson Mandela et les fictions utiles.

Cyril Ramaphosa et Nelson Mandela présentent la nouvelle constitution sud-africaine, à Sharpeville, le 10 décembre 1996.
Cyril Ramaphosa et Nelson Mandela présentent la nouvelle constitution sud-africaine, à Sharpeville, le 10 décembre 1996. ADIL BRADLOW / AFP

On ne dit pas assez à quel point les grands textes juridiques relèvent de la fiction. Prenez « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » (article 1er de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789). C’est bien sûr une fiction, parce que si les humains naissaient et demeuraient égaux dans la vraie vie, ce ne serait pas la peine d’en faire un principe. C’est même parce qu’elle relève de la fiction qu’une telle affirmation peut ambitionner de changer quelque chose ici-bas. Fiction, donc, mais néanmoins utile.

Le 10 décembre 1996, Nelson Mandela, élu le 10 mai 1994 président de la République d’Afrique du Sud, promulgue la nouvelle Constitution du pays. Elle entre en vigueur deux mois plus tard. Ce texte revient de loin. Il a été âprement négocié au sein d’une Constituante dont les travaux ont duré deux ans et demi.

Une petite liste qui fait du bien

Il avait auparavant fallu quatre ans de chaos politique, versant à plusieurs reprises dans la guerre civile, pour border cette Constituante de principes intangibles, parmi lesquels le suffrage universel, la garantie des libertés civiques, la séparation des pouvoirs, l’indiscrimination de l’ethnicité, de la religion et du genre devant la loi, la protection de la diversité des langues et des cultures.

Une petite liste qui fait du bien. Et qui mérite quand même de rappeler que l’apartheid avait été, jusqu’en 1990, un régime chromatocratique et totalitaire dans lequel les non-Blancs étaient considérés comme une simple main-d’œuvre à la disposition de la minorité blanche.

Le préambule commence par « Nous, le peuple ». Comme la Constitution américaine de 1787. Si ce n’est qu’en Afrique du Sud personne n’aurait pu deviner, quelques années plus tôt, ce que serait ce « peuple » qui commençait à exister parce qu’un mot le désignait et que des sentiments partagés commençaient à l’habiter. C’était une fiction, oui, mais néanmoins utile, partout…

 

Source : Le Monde.