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Assurance vie : ce trésor de guerre de 100 milliards d’euros qui pourrait être redistribué aux épargnants

Les assureurs ont mis, au fil des ans, des sommes considérables en réserve. Ce pactole a beau appartenir aux clients, ces derniers ne sont pas certains d’en voir la couleur.

Assurance vie : ce trésor de guerre de 100 milliards d’euros qui pourrait être redistribué aux épargnantst
© Getty/H-Gall Assurance vie : ce trésor de guerre de 100 milliards d’euros qui pourrait être redistribué aux épargnantst

 

Moins pire que prévu. En 2017, les taux des fonds en euros des contrats d’assurance vie sont ressortis à 1,8% en moyenne, soit une baisse de 0,1 point par rapport à l’année précédente, selon la Fédération française de l’assurance. “Il faut prendre ces chiffres avec précaution, car ils intègrent aussi les fonds en euros dynamiques, les fonds euro-croissance, les contrats Madelin… sachant en plus que les performances des plus vieux contrats n’ont pas encore toutes été publiées. Au final, le taux moyen des fonds euros classiques devrait plutôt ressortir aux alentours de 1,6%. Mais la baisse est effectivement moins forte qu’anticipé”, analyse Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site Goodvalueformoney.eu, qui évalue le rapport qualité-prix des contrats d’assurance.

Et encore, les rendements délivrés aux épargnants auraient pu être plus élevés. Car, chaque année, les assureurs mettent des sommes considérables en réserve, dans ce qu’on appelle la “provision pour participation aux bénéfices”. Selon les estimations de Goodvalueformoney, les sommes allouées à cette poche représentaient 42 milliards d’euros fin 2016. Soit 3,08% des encours des fonds en euros, deux fois plus qu’en 2012 (1,43%). Et cette proportion devrait avoir encore gonflé sensiblement en 2017, à 3,5%.

Cette provision pour participation aux bénéfices n’est pas le seul trésor de guerre des assureurs. Ils conservent aussi précieusement des plus-values latentes, c’est-à-dire des gains non encore concrétisés, sur les actifs immobiliers et les actions détenus en portefeuille. Ils doivent aussi constituer une “réserve de capitalisation”, dans laquelle sont logées les éventuelles plus et moins-values réalisées sur les obligations revendues avant leur terme. En additionnant la provision pour participation aux bénéfices, les plus-values latentes et la réserve de capitalisation, ces sommes mises en réserve représentaient 106 milliards d’euros fin 2016. Soit 7,8% des encours des fonds en euros à cette date, et donc autant de performance supplémentaire dont pourraient profiter les épargnants. Alléchant…

Pourquoi les assureurs mettent-ils de côté un tel pactole ? Principalement afin d’être en mesure de résister aux chocs futurs. S’agissant de la provision pour participation aux bénéfices, celle-ci pourra en effet être utilisée dans les années à venir, afin de doper le rendement des fonds en euros dans le cas où ils s’effriteraient plus que de raison. Quant à la réserve de capitalisation, qui constitue une obligation réglementaire, elle doit leur permettre de faire face à une potentielle crise obligataire (comme, par exemple, lors de la restructuration de la dette grecque).

Le problème, c’est que les épargnants ne sont pas certains de voir la couleur de ce pactole. Certes, il appartient en théorie aux assurés. Concernant la provision pour participation aux bénéfices, les assureurs sont même obligés de restituer ces sommes, dans les 8 années suivant leur mise en réserve. Mais les épargnants clôturant leur contrat dans l’intervalle n’en profiteront pas… Pire : “un assureur peut très bien décider, une fois ces 8 années passées, de remettre en provision une somme similaire. Ces montants ne seraient alors jamais réellement redistribués”, prévient Cyrille Chartier-Kastler.

S’agissant des plus-values latentes sur les actions et l’immobilier, leur redistribution est encore plus hypothétique, puisqu’aucune règle n’est fixée en la matière. Le risque étant que le marché se retourne et que ces plus-values s’effacent, voire se transforment en pertes, avant qu’elles ne soient concrétisées.

D’où une question : le niveau de ces réserves est-il trop élevé ? “Garder une poire pour la soif n’est pas illogique en soi. Mais l’argument des acteurs qui mettent très peu de fonds en réserve et se vantent de donner à leurs clients le maximum de la performance réalisée, peut aussi s’entendre. Du coup, il est difficile de définir un niveau de réserve idéal. Mieux vaut regarder la performance délivrée sur le long terme par le fonds en euros”, conseille Cyrille Chartier-Kastler. Pour vous permettre d’identifier quels assureurs sont plutôt cigale, et lesquels sont plutôt fourmi, voici tout de même le détail des réserves des principaux acteurs.

Source : Goodvalueformoney.eu