Plus haut plus vrai

Banlieues… La vérité est ailleurs !!

Edito de Décembre 2017


 

L’histoire des Banlieues en France, leur réalité et leur devenir, méritent une autre attention et demande une approche différente. Attention et approche sociologiques dans son terme le plus large et dans sa vison la plus globale pour comprendre cette « vérité » devenue « réalité » sociale. Une intervention sociologique poussée par le « fait accompli » des « Banlieues » est aujourd’hui d’une nécessité vitale. Mais c’est également une attention, une analyse et une implication politiques des plus sincères, des plus entreprenantes et surtout, des plus efficaces.

De « Beaux lieux », on est passé à « Banlieues » et de regroupement d’habitats multi-social, multi-culturel, multi-religieux, on est arrivé aux cantonnements par race, par identité et par région. Le beau concept de « Banlieues » s’est vidé de son sens au fil du temps, des événements et des politiques, pour devenir des lieux stigmatisés, montrés du doigt et accusés de tous les maux.

Un peu d’histoire fait du bien et rafraîchit les mémoires. Un peu d’histoire permet de comprendre « le phénomène Banlieues » et remet les choses à leur place pour ne pas se tromper dans l’analyse et dans le « jugement » qui mène vers les préjugés.

À l’avènement des Banlieues, la France accueillait des migrants de ses colonies, principalement du Maghreb et de « l’Afrique Noire ». Une main d’œuvre jeune et pas très coûteuse. Ces migrants en quête de travail pour subvenir aux besoins de leurs familles, fuyaient la misère et parfois les conflits armés internes et même les guerres.

La prise en charge de ses « immigrés » est dégradante. Entassés dans des bidonvilles aux portes des grandes villes et faisant, même dans ces conditions, les beaux jours d’une industrie et une économie grandissante en France, leur situation va durer et s’empirer avec l’arrivée (le regroupement familial) de leurs familles.

Vivant en marge de la société, ils encaissent les coups des années durant et supportent tant bien que mal, une situation insupportable. Les choses n’allaient pas s’arranger avec l’indépendance de leurs pays respectifs. Certains sont rentrés au pays, mais d’autres, beaucoup d’autres, sont restés. Des générations vont se succéder et les enfants des migrants d’hier vont être au-devant de la scène dans les Banlieues, dans la délinquance la plus totale ou dans la réussite la plus totale.

Le projet des Banlieues a été conçu pour faire souffler les grandes et moyennes villes de France après le « boum » de l’industrialisation et de la population après la fin de la seconde guerre mondiale. Les choses sont allées trop vite en démographie et en industrialisation, dans un pays qui aspirait à « revivre » après deux terribles guerres mondiales.

La belle idée était de construire des habitations groupées avec grands immeubles et grands quartiers permettant à ses populations de s’installer en marge des grandes villes. Les premiers arrivants sont des Français de « souche » qui avaient droit à toutes les commodités mais qui ne pouvaient se permettre le luxe d’habiter la ville parce qu’onéreux. Ils étaient issus des classes moyennes ou en difficulté sociale.

Le cri d’alarme des enfants des migrants qui se sont soulevés contre leur situation sociale et celle de leurs parents a eu l’écho voulu, puisque petit à petit, doucement mais sûrement, leur cadre de vie allait changer. Leur arrivée dans les Banlieues a permis d’atténuer les tensions et de redonner goût à la vie à ses populations qui étaient complètement marginalisées.

La vie dans les Banlieues était paisible et même agréable, très agréable et le mot « citoyen » était plus fort que tout autre qualificatif. français, africain, maghrébin, ou encore chrétien, juif et musulman. Ils vivaient en harmonie et en paix. C’était une autre France !

Involontairement, ou sciemment, l’administration allait provoquer la cassure en délaissant ces grands quartiers et en se retirant de la vie publique et sociale. Plus que ça, elle va même jusqu’à « créer » des immeubles-quartiers pour les Français de souches, pour les Africains, les Marocains, les Algériens…ce qui a attisé les désaccords et profité au communautarisme. Les choses vont s’empirer quand le chômage s’installe et quand à cause de son « nom », de son « teint » ou de ses origines, on est renié, ignoré, refusé. Les Banlieues deviennent petit à petit des lieux d’oisiveté et cette dernière est source de tous les maux de la jeunesse et de la société.

Il faut revenir à la case départ et revoir ses notes. Trouver les solutions grâce à ceux qui pensent maîtriser ce brûlant dossier. En premier lieu, c’est la volonté politique qui est interpellée pour relancer la vie dans les Banlieues et bénir à jamais les qualificatifs comme : Banlieue chaude, zone à haut risque, quartier interdit… Ce qu’il faut aussi, est c’est primordial, c’est faire appel à ceux qui savent analyser, décrypter et surtout donner des solutions ; Les sociologues en premier lieu. Mais aussi les gens du terrain et sur le terrain et qui sont au contact permanent avec les Banlieues et leurs populations.

L’état actuel des choses est celui-là. Il est amer, oui et paraît parfois même désespéré. Mais si on venait redonner espoir, il est plus que certain que de belles choses naîtront dans ces Banlieues. Il n’y a qu’à voir les réussites de certains jeunes dans la grande tourmente…

 

Fayçal Charif 

Directeur de la rédaction