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Cent vingt médecins appellent à mettre fin aux « médecines alternatives »

Paris, le lundi 19 mars 2018 – L’appel a été lancé sur Twitter par un internaute utilisant le pseudonyme Asclépios. Derrière ce nom se cache un « cardiologue remplaçant » également auteur de vidéos sur l’histoire de la médecine diffusées sur You Tube comme l’indique sa présentation. La semaine dernière, le praticien a invité ceux qui le suivent à participer à la rédaction d’une tribune sur les médecines « alternatives ». Derrière ce terme, sont rangées diverses pratiques, dont l’homéopathie, qui ne s’appuieraient pas sur des données scientifiques fiables pour confirmer leur efficacité, voire même leur innocuité.

Une tribune au vitriol

Cent vingt-quatre professionnels de santé, principalement des médecins, ont rejoint l’initiateur de ce mouvement et un texte vient d’être publié par le Figaro. La tribune est sans concession et évite les formules neutres. Les signataires parlent en effet de « pseudo-médecines à l’efficacité non prouvée et aux promesses fantaisistes. Sous couvert d’une prétendue innocuité bien moins évidente qu’il n’y paraît et produisant un discours à la limite du complotisme, entretenant la confusion dans l’esprit du public entre médecine scientifique et croyances, ces disciplines à la tête desquelles trône l’homéopathie font du mal bien plus que du bien » expliquaient au site Décider et Entreprendre les auteurs du texte avant sa publication. Dans leur tribune, les auteurs qualifient encore ces pratiques et notamment l’homéopathie de « discipline ésotérique ». Les praticiens ne sont pas plus tendres avec leurs confrères qui promeuvent ces méthodes : « Il est facile et valorisant d’afficher son savoir. Il est bien plus difficile d’expliquer et d’accepter ses limites. La tentation peut alors être grande de pratiquer des soins sans aucun fondement scientifique. Cette tentation a toujours existé. Elle a été, et est toujours, nourrie par des charlatans en tout genre qui recherchent la caution morale du titre de médecin pour faire la promotion de fausses thérapies à l’efficacité illusoire » peut-on lire dans le Figaro.

Ne plus pouvoir se dire médecin quand on prescrit de l’homéopathie !

Les signataires identifient trois dangers majeurs associés à la prolifération de ces « fake médecines ». D’abord, elles favorisent la surmédicalisation : nombre de maux « pris en charge » par les méthodes alternatives ne nécessitent pas d’accompagnement médical. Surtout, elles contribuent à accroître la défiance du public vis-à-vis du discours scientifique. Enfin, elles peuvent entraîner un retard pour certaines prises en charge. Aussi, les signataires de l’appel attendent la plus grande sévérité de la part des institutions publiques qui se montrent très discrètes sur le sujet. Ils souhaitent que les médecins qui usent de ces méthodes ne puissent plus jouir de leur titre. Par ailleurs, ces pratiques ne devraient plus, selon les signataires, être considérées comme médicales, ne plus être enseignées ou mises en œuvre dans des hôpitaux et ne plus être remboursées. Une meilleure information et formation des professionnels est également souhaitée.

Le meilleur atout de l’homéopathie : sa popularité !

Il est évident que cette tribune devrait être fortement commentée, notamment en raison du caractère sans nuance de son jugement et de ses propositions. Déjà, le syndicat national des médecins homéopathes a fait part de son indignation. L’organisation remarque : « Ce qui est plus marquant (…), c’est que les 124 signataires paraissent ignorer que des milliers de leurs confrères utilisant l’homéopathie sont tout aussi compétents qu’eux en matière de diagnostic et de prescription médicale, aussi bienveillants envers leurs patients et aussi conscients des limites de leur exercice ». Ainsi, l’organisation ignore totalement les critiques des signataires et se range derrière l’engouement pour l’homéopathie pour en justifier l’existence. Une telle réponse devrait sans doute conforter les auteurs de la tribune dans la pertinence de leur action, en raison de l’absence de caractère scientifique de cette démonstration. Mais l’impétuosité de leur appel, bien qu’il fasse écho à un nombre croissant de tribunes et interventions qui s’inquiètent du recul de la pensée scientifique, pourrait très probablement nuire au débat qu’ils espéraient ouvrir.

Source: Aurélie Haroche / JIM