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Changement d’heure : ces questions insolites (mais importantes) que vous ne vous êtes jamais posées

CHANGEMENT D’HEURE – Dimanche à 2h du matin, il sera 3h. Que se passe-t-il si vous travaillez de nuit ? Votre chat ou votre chien va-t-il être impacté ? Est-ce la dernière année pour cette tradition datant des années 1970 ? Voici toutes les réponses aux questions que vous ne vous êtes jamais posées.

Vous ne l’aviez peut-être pas vu arriver, mais il est déjà revenu : le changement d’heure, passage à l’heure d’été, c’est samedi soir. Ou plutôt dans la nuit de samedi à dimanche : à 2 heures, il sera 3 heures. Avancez les montres, et préparez vous à dormir une heure de moins. Depuis son instauration en 1973 dans la foulée du choc pétrolier, tout a été dit sur les bienfaits, les avantages, les gros problèmes, posés par ces changements d’heure.

 Cependant, restent toujours des questions insolites : les travailleurs de nuit travaillent-ils une heure de plus ou de moins ? Le changement d’heure est-il une excuse valable en cas de retard au bureau ? Comment réagit votre chat ? Votre portable change-t-il vraiment d’heure tout seul ? LCI fait le tour du sujet.

Comment ça se passe, quand on travaille de nuit ?

A 2h du matin, il sera donc 3h. Si vous avez travaillé de nuit, vous aurez travaillé une heure de moins. Mais comment régler ce « problème » ? La question peut paraître anecdotique mais concerne pourtant des professions aussi diverses que le milieu ouvrier, médical, ou encore les transports. En fait, le code du travail ne dit rien sur la question. Mais le problème a été réglé par une réponse ministérielle de 1976, précise Me Eric Rocheblave, avocat au barreau de Montpellier, interrogé sur la question. Il ressort, à l’appui, la note de l’époque.

La question posée le 13 octobre de cette année était la suivante : « L’heure de travail supplémentaire, effectuée en raison du passage à l’heure d’hiver, doit-elle donner lieu à compensation ? » Réponse positive du ministre : « Dans l’hypothèse où les variations de l’heure légale ont conduit à faire accomplir à un travailleur occupé en service continu une heure supplémentaire de travail, il est conforme à la loi que cette heure lui soit payée (…) Elle peut, en outre, éventuellement ouvrir droit à repos compensateur ».

L’employeur est tout à fait fondé à exercer une retenue correspondante sur la rémunérationMe Eric Rocheblave

« En clair, l’heure supplémentaire accomplie lors du passage à l’heure d’hiver sera soit rémunérée avec une majoration, soit compensée par l’attribution d’un repos », décrypte Me Eric Rocheblave. Concernant le passage à l’heure d’été, les salariés font « techniquement une heure de moins puisque la variation d’horaire réduit d’une heure le temps passé en poste par le salarié ». Dans ce cas, « l’employeur est tout à fait fondé à exercer une retenue correspondante sur la rémunération ».

Certains secteurs ont plus particulièrement encadré le sujet, via des conventions collectives. Par exemple, le secteur du secteur des Ports et manutention qui réduit la durée du shift d’une heure ou dans la métallurgie, où l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) envoie chaque années des piqûres de rappel en précisant les modalités du changement d’heure. « Cette mesure n’entraîne pas de modification de l’horaire affiché », indique ainsi une note envoyée à la fédération Yonne-Nièvre en 2017. « Toutefois, il en résulte que pour les salariés travaillant en équipe de nuit, la durée de leur poste sera diminué d’une heure. » La rémunération devra donc être « réduite de la valeur d’une heure en mars, et de l’augmenter de la valeur d’une heure en octobre ». Autre possibilité évoquée, celle de « décaler l’heure de prise ou de fin du poste des salariés travaillant lors du changement d’heure », afin d’écarter son incidence sur leur durée du travail et leur rémunération.

L’heure d’été peut-être être une excuse pour arriver en retard au travail ?

A priori, pas vraiment. Me Eric Rocheblave, avocat au barreau de Montpellier, rappelle l’affaire de Monsieur X, un employé de restauration, qui arrive en retard de 30 minutes le dimanche 25 mars 2007, lendemain du changement d’heure. Son employeur lui en fait grief. Monsieur X ne conteste pas ce retard. La Cour d’appel de Colmar a donné raison à l’employeur, au motif que « Monsieur X… ne saurait prétendre que son retard est dû au passage à l’heure d’été ; si cela avait été le cas son retard aurait été d’une heure », indique Me Eric Rocheblave. Morale de l’histoire : si on veut prétexter le changement d’heure, mieux vaut arriver avec une heure et non une demi-heure de retard.

Comment savoir si votre téléphone s’est bien mis à l’heure ?

C’est l’un des mérites de la technologie : ne plus avoir à se creuse la tête pour savoir si, en se réveillant le dimanche, il faut avancer ou reculer d’une heure son téléphone, devenu nouvelle montre moderne. Aujourd’hui, la plupart des smartphones se mettent automatiquement à l’heure. Mais comment vérifier qu’il va bien le faire ? Si vous avez un  smartphone Android, allez dans Paramètres/Général/Dates et Heure, et vérifier que la case « Date et heure automatique » est cochée, ainsi que « Fuseau horaire auto ». Si vous avez un iPhone, allez dans Réglages, Général, Date et heure, et vérifiez que « Règle automatique » est activé, et que votre smartphone est réglé sur le fuseau horaire de Paris.

Pourquoi vit-on mal le changement d’heure d’été ?

La réponse est presque contenue dans la question : lors du passage à l’heure d’été, on dort une heure de moins. Déjà compliqué pour tous les gros dormeurs, le changement perturbe aussi le rythme biologique : ce décalage horaire peut entraîner une perturbation de courte durée de l’horloge biologique, souvent pendant une petite semaine.

Si ces effets sont plutôt légers, nombre d’études prêtent au changement d’heure des maux bien plus graves : en réduisant le temps de sommeil, le passage à l’heure d’été provoquerait une augmentation du risque de crise cardiaque, augmenterait la fréquence des accidents du travail et de la circulation, serait responsable d’une surconsommation de somnifères, et même responsable d’une hausse de suicides. C’est d’ailleurs cette dernière hypothèse qui a conduit la Russie à abandonner le changement d’heure en 2011, là où la France refuse pour l’instant d’y voir une corrélation.

Le changement d’heure a-t-il un impact sur les animaux ?

Ne rions pas, la question n’est pas si légère qu’il n’y parait. Les animaux domestiques calquent en effet souvent leurs rythmes sur l’activité humaine. Par exemple, il est établi que les vaches laitières sont perturbées par le changement de l’heure. Lors de la traite, elles se montrent ainsi impatientes ou plus agressives. S’ensuit souvent, en conséquent, une baisse de production, voire une incidence sur la qualité du lait. Pas anodin, donc, même si un rapport de du Service de recherche du parlement européen constate que, pour les éleveurs, il ne s’agit pas d’un réel problème. Les animaux plus domestiques, tels chats ou chiens, peuvent également maugréer lorsqu’ils se présent à l’heure habituelle devant leur gamelle et qu’elle est vide.

La France a-t-elle le pouvoir de modifier son changement d’heure ?

Si plusieurs pays dans le monde sont déjà sortis de ce changement de rythme contraignant, la France, elle est désormais soumise aux décisions de l’Europe sur la question. Depuis 2001 en effet, une directive appelée « Fuseaux horaires » fixe pour l’ensemble de l’UE une date et une heure harmonisées pour le début et la fin de la période de l’heure d’été, l’objectif étant d’équilibrer les échanges, transports et communications.

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Vers la fin du changement d’heure ?

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Sauf que cette directive fait depuis quelques temps l’objet de critiques, ou en tout cas questionnements. Une soixantaine d’eurodéputés et foule de citoyens dénoncent ainsi un système obsolète. Début février, le Parlement européen a même demandé à la Commission européenne de lancer une « évaluation complète » du système, et si nécessaire « présenter une proposition pour la réviser ». Ils s’appuient notamment sur les « nombreuses études, qui si elles n’aboutissent pas à des conclusions définitives, ont indiqué l’existence d’effets négatifs sur la santé des êtres humains ».