Plus haut plus vrai

Le contact digital au détriment du relationnel

L’acceptation courante de la technologie n’est pas sans impact direct sur notre vie. La technologie et le progrès servent les humains et sont partie intégrante de son quotidien ; mais nous ne devons pas ignorer les inconvénients qu’ils peuvent susciter, car le progrès commence à dépasser l’homme et finira par le soumettre…

En déambulant devant les cafés bondés, un fait surprenant attire notre attention ; tout le monde est accroché à son appareil, mobile, tablette ils sont presque tous connectés ; quelle est l’utilité de se rassembler autour d’un café si on ne peut pas communiquer nous dira un sexagénaire ; effectivement le corps présent mais l’esprit ailleurs. Cette dépendance qui déshumanise les hommes sera la conséquence de ce progrès qui a aussi des côtés négatifs qui risquent de détériorer une société fragile.

La technologie joue un rôle patent dans le façonnement du confort personnel, en intervenant à plusieurs niveaux aussi bien dans la vie personnelle que professionnelle. Ceci dit, l’accroissement des atouts technologiques ne cesse d’envahir l’espace public en étant au cœur de l’identité sociale où chaque individu se doit de consacrer une énergie croissante à la détermination des domaines d’utilité technologique.

En effet cette mise en perspective technologique s’aggrave au fronton de l’institution sociale ; l’utilisation de cette technique est bien cette étoile qui guide la population dans le ciel normatif du confort personnalisé.

Au fil des ans cette heureuse consécration du progrès se révèle comme la langue d’Ésope qui met en exergue une dialectique contradictoire du rôle du déploiement technologique qui obéit aux injonctions de la dépossession cognitive chez l’espèce parlante. Cette imbrication du progrès dans le quotidien, engendre un degré croissant de complexité et d’instabilité des normes dans le comportement humain, directement dépendant, en le plongeant dans une forme d’autisme social.

Le décryptage de la fugacité permanente n’est pas sans conséquence sur l’instrumentalisation des rapports sociaux impliquant la présence intempestive de la manipulation digitale qui dame le pion au processus d’échange. Cette évolution vers le digital favorise en soi une atomisation du corps social qui peut être un fourre-tout commode pour expliquer les tenants et les aboutissants de la modernité technologique au détriment de la modernité culturelle pour accentuer les facteurs de désubjectivation du sujet.

 

Le très peu de dynamisme qu’entraîne parfois les échanges digitales au détriment du relationnel démontre que toute la population passe de l’incitation/obligation selon un dosage qui privilégie « des routines d’obéissance ».

Enfin à travers cet aperçu succinct sur l’invasion technologique sur la vie quotidienne, chaque individu note à son niveau un dépérissement du maintien de logiques sociétales fortes qui favorisent une quiétude morale loin de toute forme d’autisme social qui est en passe de gangrener le milieu social.

Peut-on associer la technologie à la communication sociale ?

Quelques questionnements.

La connaissance est une navigation dans un océan d’incertitudes à travers des archipels de certitudes.

Edgar Morin

Le fait indéniable qui caractérise les sociétés est bien celui de l’acceptation courante de l’essor technologique qui façonné l’imaginaire des peuples.

La modernité technologique se ressent doublement dans des sociétés telles qu’en Algérie ; elle se complaît avec aisance dans la rente pétrolière et ne boude pas son plaisir à se parer des objets technologiques très sophistiqués.

Comme dans les réseaux sociaux, l’assise technologique devient une soupape de liberté qui permet à l’individu de s’émanciper du joug de la tyrannie ; il tente de se conformer au modèle de cette modernité dite technologie tout en se frayant  » un chemin de l’espérance  » qui le guide dans la création de nouvelles formes de socialisation, ainsi le sortir du carcan habituel.

Au fil des ans, les conséquences de ce progrès matériel ont elles revitalisé le lien social en luttant contre les routines d’obéissance ou au contraire la dépendance liée à la socialité anomique trouve refuge voire son salut uniquement dans la forme.

Au-delà de la norme machinisme qui obéit aux injonctions de la rationalité  instrumentale, l’utilisation du selfie devient elle pièce maîtresse en dans son geste novateur une forme d’altérité où la dimension d’autrui devra être partie prenante ou est-ce seulement une illusion d’un moment, un bonheur éphémère qui plonge les sujets dans une forme de psychotisation de rapports sociaux ?

 

L’exemple de la communication informatique qui met en valeur la prééminence de la raison Connectique selon Soriano est soumise aux exigences de l’omniprésente rationalisation économique

La matérialité de Facebook ne danse-t-elle pas au   rythme de l’autisme social et le selfie n n’explique-t-il pas les dérives de l’individualisme qui ont injecté une dose insurmontable de schizophrénie dans la réciprocité humaine ?

La psychanalyste Elsa Godard dira : « Le selfie représente un tournant dans l’histoire de la pensée. Avec lui, nous passons de la société du « Je pense », marquée par la prédominance du logos, à celle du « Je vois, je suis vu ». Je donne à voir au lieu de chercher à expliquer. Il influence aussi la construction du moi dès le plus jeune âge ». Le psychanalyste Jacques Lacan a élaboré le « stade du miroir », phase du développement où l’enfant découvre sa propre image dans le miroir et prend conscience de l’unité de son corps, de son être. Symboliquement, je postule que nous sommes passés du « stade du miroir » au « stade du selfie »

Il va sans dire comme le soulignait le sociologue Edgar Morin que le déferlement technologique est cette langue « d’Ésope » qui favorise l’effet de la progression et régression à la fois. C’est à la société de gérer l’impulsion de cette nouvelle dynamique qui suscité une effervescence de par le mode.

Devant l’émergence de la socialité numérique qu’elle est la place de la communication sociale en Algérie ? Même si le tabou du musellement de la subjectivité a changé un tant soit peu de forme, le citoyen algérien peut-il prétendre à un petit bouleversement social et apporter un regard neuf sur sa subjectivité prise en tenaille dans un atavisme séculier ?

Cette forme de modernité technologique à t elle réussit à l émanciper des « routines d’obéissance « tout en se penchant sur un individualisme positif créateur de sens?

Sur cet aspect il convient de faire un bref survol sur l’état de la communication sociale en Algérie Il va sans dire de supposer que la ’’genèse communicationnelle’’  dépeint  au travers  de la consécration des efforts élaborés par le citoyen une étude de perfection initiale institué par l’importance  de l’échange. Dans ce processus d’émergence de sujet, la parole comme le dit le linguiste Benveniste elle « est la constitution du sujet ».

 De ce fait, la sacralisation de l’échange à l’avantage de nous rappeler que le dialogue est un acte « conscient du citoyen, jubilatoire » et une exigence impérieuse dans la vie quotidienne.

Sur cet aspect, les dialogues entre les membres de la société  favorisent  des rapports conflictuel /consensuel entre eux en promouvant le valeur identitaire qui ne doit pas être acquise mais en perpétuelle actualisation avec les interactions d’autrui comme le disait Amin Malouf dans son livre intitule « Identité meurtrière « définir une identité par un seul élément c’est la rétrécir »

Le dialogue devra faire office d’éclairage en faisant valoir la confrontation des idées d’où la citation fort éclairante du philosophe Gusdorf qui disait « que l’art d’écouter équivaut celui de bien dire »

C’est dans cette optique, que le sociologue Habermas dans son livre intitulé « l’agir communicationnelle » a tenté de définir les conditions d’une entente non manipulée en valorisant le discours argumentatif.

De ce point vue l’agir communicationnel défendu par Habermas « intervient à triple niveau » en servant à transmettre et renouveler le savoir culturel au plan fonctionnel de « l’intercompréhension ».

Dans un deuxième volet il fera appel à l’intégration socialement en établissant ‘’des solidarités sous l’aspect de la coordination de l’action’’ tout en mettant en exergue ‘’la formation des identités personnelles sous l’aspect de la socialisation’’.

Cette  analyse de « l’agir communicationnel » a pour but de faire valoir une « dimension libératrice »  qui serait  à la fois « débloquée et  exempte de domination » tout en relevant  l’inégalité des « rôles de l’argumentation » qui s’appuie sur l’auto réflexion et permet la libération de la dépendance  dogmatique  comme le disait Tozel.

En effet .

*compte tenu de « l’état impur » de la communication, beaucoup de sociétés ‘’délimitent  les frontières à la paroles’’ ce qui  est tout à fait contradictoire à une fonction vitale de citoyen qui est  d’entendre et communiquer. Le sociologue Edgar Morin propose cette définition « c’est de faire connaitre, expliquer s’expliquer comprendre se comprendre ».

Ceci dit devant ce bref survol  sur  la communication   qui engage des débats incessants  avec des  lentilles théoriques il serait judicieux  de se pencher la communication  sociale  en Algérie marqué  par  une violence  symbolique.

Il va sans dire que le paysage socio politique est confronté à une pluralité de fléaux qui n’est pas sans incidence sur la vie psychique du citoyen.

 Cette atomisation du corps social démontre journellement que la question du dialogue social, demeure semblable à un périple semé d’embûches à cause du musellement de subjectivité qui fait le lit à « la désemencipation sociale » pour reprendre Tozel.

Alors comment peut-on mettre en relief l’émergence du sujet dans un système où tout est « enchevêtré » politique/religieux ? Devant cette perception ankylosée par la « clôture identitaire » comme disait Enriquez, la parole libre se confronte au bégaiement de la pensée qui jette le sujet dans les ornières du fanatisme.

En d’autres termes comment favoriser l’autonomie du sujet face au joug de la tyrannie de la violence symbolique où « penser veut dire adhérer »comme le souligne Pierre Legendre.

Cette mortification sociale favorise l’incommunicabilité qui fait « parler le sujet plutôt qu’il ne parle ». Cette « vacuité » de sens favorisera l’effritement des solidarités et par voie de conséquence la déliquescence « des contre-pouvoirs »

Pour préciser  davantage notre point de vue nous disons  pour  pouvoir sortir  « des  sentiers  battus » des mécanismes de désubjectivisions multiforme, il serait  à notre sens  judicieux  de réhabiliter les forces agissantes du sujet  pour mettre en valeur  la quintessence de l’esprit critique  et l’émancipation sociale comme catégorie structurante  du cercle vertueux  démocratique .

 Cette « régénération démocratique » couplée avec la notion du « je » comme « étant une parcelle d’autonomie et d’originalité » comme disait Freud va sans coup férir amorcer l’émergence de l’interaction sociale « créatrice de sens ». Dans ce sens le champ social devra mettre en valeur la dimension citoyenne qui aura pour but d’esquisser une ‘’éthique humanisante’’

Comme le dit Gorz « cette réalité révèle le poids de contradiction de l’autonomie au sein de l’hétéronomie » cette hypothèse devra questionner « la conjonction singularité altérité » dans ce milieu. Dans ce sens comme le disait le sociologue Alain Touraine « la subjectivation étant la pénétration du sujet dans l’individu et donc la transformation partielle de l’individu en sujet. »

Enfin l’action libératrice du sujet doit impliquer la remise en question « de la conscience fausse » véhiculée par la pensée unique en essayant de ‘’conjuguer’’ « savoir de production » et « savoir de réflexion’’ comme le disait Habermas.