Plus haut plus vrai

De la Banlieue aux banlieues ou l’art de l’antonomase politique au travers des quartiers.

Par Emmanuelle Vanpoulle.

(LP/ ARNAUD JOURNOIS)

Des faubourgs aux banlieues, le terme est devenu, à travers l’histoire, le lieu où ceux qui ne pouvaient être en centre-ville se retrouvaient en périphérie. De la périphérie est né des périphéries. Des banlieues ouvrières du XIXème siècle aux banlieues dortoirs des années 80’, a émergé la banlieue, résidentielle. Aujourd’hui la banlieue sordide est devenue quartier, un synonyme de lieu de non droit, notre fameuse antonomase.

Comment en est-on arrivé, des années 60’, où quitter la campagne pour monter à la ville, était le gage de réussites et de perspectives pour soi et ses enfants, à ce réflexe pavlovien devenu un terme générique pour désigner un lieu en marge et abandonné de plus en plus par l’État ?

Le quartier, sous ensemble de la banlieue, a stigmatisé un phénomène étrange d’antonomase où une banlieue avec ses difficultés est devenue un lieu sordide, un lieu commun pour désigner tous les problèmes.

Les jeunes des quartiers sont forcément en difficulté et les populations, issue de l’immigration sont vouées au communautarisme et aux agents de l’étranger ! C’est souvent là le raccourci que nous rencontrons dans ces médias qui fréquentent les lieux de vies par le biais de reportages, toujours en lien avec la police et les pompiers, pour des dégradations volontaires. Il ne faut pas nier les difficultés, on ne voit pas un reportage sur la vie de ces habitants qui travaillent et subissent le diktat d’un petit groupe qui se sont auto-proclamés chef de clan. Ceux même qui ont substitué la Loi de la République à la loi du caïd.

Dénoncé par les pouvoirs publics et leurs élus, certains répondent par le déploiement d’éducateurs et infrastructures sportives pour la gauche, par plus de répression, de force de police et de caméras pour la droite… on sent le réflexe de clivage. Ces quartiers ne seraient-ils voués qu’à avoir des infrastructures sportives comme seule réponse et aux forces de police pour endiguer les trafics ?Les tentatives dans les années 90’ par la mise en place de zones franches, n’aura en vérité profité qu’à des entreprises qui auront souvent trouvé une rentabilité en « échappant » à la fiscalité. La création « du parlement des banlieues » aura fini de couper ces partis de territoire du registre du droit commun, pour en faire des zones particulières ?

Karim Zéribi, président du Parlement des banlieues, une institution autoproclamée chargée de porter la voix des quartiers avait tenté de créer une structure pour être la voie de ceux qui n’en n’avaient pas. Cette initiative avait de choquant qu’elle contrevenait à une idée fondamentale que la souveraineté vient du peuple français par la voie des urnes et non de l’émanation de groupes autoproclamées. Ceci avait comme révélateur le fossé entre les élus et l’électorat et plus encore des populations qui ne donnaient plus leurs suffrages à un système qu’ils considéraient comme déconnecté de leurs réalités, ce qui se traduit par un sentiment d’abandon.

Les élus venaient visiter les banlieues comme on visite un parc : en safari photo. Le reste du temps, ils s’en désintéressaient ou utilisaient l’image en fonction des besoins du climat politique.

On arrivait même à faire de la surenchère à celui qui pouvait venir et de ceux qui ne pouvaient pas, faisant croitre l’idée d’un bout de territoire abandonné. Il ne suffisait pas de se vanter de pouvoir y être, mais de pouvoir y changer les choses, au nom de l’autorité de l’État et de la notion de citoyen, qui n’étaient pas des citoyens de secondes zones !

L’architecture même des lieues avaient terminé de déshumaniser le propos et personne ne se voyait vivre dans des tours qui, fautes d’entretiens et de dégradations volontaires avaient scellé l’idée de ghetto.

Ajouter la radicalisation de certains comme autant de replis communautaires et de sectarisme et vous aviez là un chaudron bouillonnant, où le moindre incident était vécu comme un affront pouvant dégénérer en heurt avec la police et donc l’État. Car le seul lien qui existait encore avec l’État, était souvent le contrôle de police et non plus le service public.

De faubourg aux banlieues, nous en étions arrivés au quartier avec toutes ses connotations négatives et au final au ghetto, par la volonté d’abandon de mixité et d’application des principes de la République.

Ce que la République avait abandonné à la fin des 30 glorieuses pour la laisser aux « 30 piteuses », c’était le sentiment qu’une catégorie d’habitants pouvait ne pas bénéficier de l’aide de l’État et être abandonnée à la crise et aux enjeux politiciens.

Avions-nous oublié les plus élémentaires choses qu’était l’humanité ?  Notre abandon et notre façon de traiter le propos était digne de celui qui mettait la poussière sous le tapis et ainsi parler des problèmes de sécurité et des difficultés pour mieux éluder ses responsabilités et son abandon.

La politique de la Ville n’a jamais été autre chose que de la cosmétique, sauf peut-être sous l’ère Borloo, où en plus des moyens il y avait une volonté, celle d’un homme à transformer le problème par des réalités qu’il avait su cerner et de redonner de la normalité, c’est-à-dire un traitement sans différenciation, c’est-à-dire de traiter les questions de citoyens et non d’une catégorie stigmatisée.

Croyez-vous que la baisse des dotations publiques et des APL, pour les plus fragiles n’est pas une réponse qui va dégrader plus encore la situation dans ces zones déjà terriblement touchées par la crise ?

On préfère entretenir pour maintenir à ZERO, plutôt que de faire élever le niveau et tout cela parce que la réussite ne passe pas par ces territoires qui aujourd’hui se déclinent au milieu rural avec ce même abandon.

Un abandon qui pour des raisons d’idées reçues a oublié l’aménagement du territoire et le désenclavement des quartiers et de certaines régions.

La France il y a un siècle se partageait entre ruralité pour 80 % de la population dont 20 % pour les villes. Aujourd’hui nous avons inversés le rapport, mais au-delà des chiffres, se trouve une situation entre riches et pauvres et les plus riches ont choisi leur lieu de vie alors que pour certains ils la subissent !

Alors la banlieue où le moindre territoire délaissé devraient être la refondation d’une république, s’applique partout et en tout lieu. Elle ne concentre pas les richesses d’un côté et les exclus de l’autres avec en son centre une classe moyenne s’inquiète de savoir dans quelle catégorie elle ne voudrait pas tomber !