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Déradicaliser…La radicalisation !!

Par Fayçal Charif

Avec l’avènement du phénomène du terrorisme sanguinaire, sans foi, ni loi, ni droit, à l’échelle planétaire, le mot radicalisation est venu s’imposer dans le vocabulaire et la réalité de la société de par le monde. Il y a peu de pays qui ont échappé au mal du terrorisme et au fléau de la radicalisation. Dans certains pays c’est occasionnel, dans d’autres c’était -ou c’est encore- quasi quotidien, au point de mettre ces pays en état de guerre, avec toutes ses formes abominables : guerres civiles, conflits armés, guerre contre le pouvoir en place et même des guerres contre les populations.

Déradicaliser… la radicalisation n’est pas un vain mot, ce n’est pas un mot creux, il n’est pas vide de sens.

Mais il est important de vérifier la terminologie. Le mot « terrorisme » est vieux comme le monde. L’homme terrorisait l’homme pour le rendre esclave, et l’homme, à nos jours, terrorise la femme pour l’abaisser, abuser de son corps et de son être. À travers l’histoire des pays, on a terrorisé des peuples dans des « campagnes de civilisation », la dernière en date est celle du colonialisme. Les nazis ont donné l’exemple du terrorisme qui a mené à une guerre mondiale.

Toutes les doctrines, toutes les croyances, toutes les religions ont connu leur époque de « terrorisme », et toutes cherchaient toujours le moyen de radicaliser les sujets à des fins souvent non avouées. Ils abordaient les masses pour les soumettre et les faire plier devant le dictat du châtiment et si des opposants venaient à riposter, ils étaient punis, torturés et même tués, pour l’exemple. C’est ainsi qu’on terrorise un pays, un peuple, une nation. Pour l’acte terroriste, il a toujours été question d’approcher les plus vulnérables, les plus influençables, les plus fragiles mentalement ou socialement.

Le terrorisme « moderne », ne s’est pas égaré de cette manière de faire. Il a les mêmes principes et la même approche. La seule chose qui a changé c’est « la technologie » de communication qui permet de relayer les faits et méfaits des terroristes au détail près. À tel point que cette « technologie » a dévié de la réalité et la vérité des mots « Terrorisme » ou « Radicalisation ». Et pour cela les médias jouent le jeu des terroristes qui « adorent » le sensationnel et l’effet planétaire de leurs actions.

Au jour d’aujourd’hui, les deux mots que sont : « terrorisme » et « radicalisation » sont collés de manière systématique (sciemment, ou par ignorance), à « l’Islam ». On est arrivé même au terme de : « Islam Radical », comme si dans l’Islam, il existait plusieurs « Islam ». Cette terrible terminologie sème le doute, la confusion et l’amalgame et pousse à la stigmatisation et elle est relayée par les médias et politiques.

L’Islam, comme toutes les autres religions, est victime des interprétations de certains de ses « théologiens ». Jadis, c’est les détenteurs du Judaïsme qui façonnaient les « terroristes des temps anciens, aujourd’hui même, c’est au nom de la Torah qu’on extermine le peuple palestinien. Certains religieux juifs se sont alliés aux politiques pour s’approprier un territoire. Mais que dire de tous ces Juifs de par le monde qui manifestent leur refus de ce qui se passe en Palestine !! A-t-on le droit de dire que les juifs sont des terroristes !!?

Il y a quelques siècles, l’Église avait le pouvoir absolu. Les religieux chrétiens, alliés aux monarchies et aux régimes totalitaires, ont terrorisé des peuples et des civilisations entières. Le sang a coulé au nom du Christianisme à travers l’histoire. Est-ce une raison de dire que les chrétiens sont des terroristes !!? Et ce qui arrive depuis de longs mois à Burma à la population musulmane des Rohingyas mettrait-il le Bouddhisme en cause et les bouddhistes dans le banc des accusés ?

Aujourd’hui, c’est l’islam, pas en tant que religion, mais en tant que pratique, qui est dans le tourbillon d’un phénomène qui n’a épargné aucune religion. La fausse interprétation de l’Islam fait des ravages dans la société, et si on rajoute la pauvreté, la marginalisation, l’ignorance, cela conduit fatalement à la radicalisation, dernière étape avant d’aller vivre dans le terrible monde du terrorisme.

Il y a peu de temps seulement, l’Occident a reconnu que ses « enfants » se radicalisaient dans « un Islam violent et sanguinaire ». Il avait raison en reconnaissant la radicalisation « des jeunes surtout », mais il s’est complètement trompé en utilisant le qualificatif « Islam violent et sanguinaire ». La vérité est ailleurs.

L’exemple de la France est édifiant sur ce registre. Le pays a vu nombre de ses « citoyens », généralement jeunes, et même très jeunes, se radicaliser. Le terrain était -et reste-propice- pour endoctriner des « sujets » en mal d’être, en mal de vivre. Les raisons, il faut aller les chercher ailleurs. Que les politiques fassent de « la politique » cela se comprend, que les médias cherchent le sensationnel, cela s’explique et que les services de sécurité assurent la sécurité du pays, cela est primordial et vital. Mais, le travail des analystes, des psychologues, des sociologues et aussi des associations qui sont au quotidien sur le terrain au contact de ce phénomène-fléau seront le rempart manquant qui peut faire face aux commanditaires du terrorisme et changer la donne.

Sur ce chapitre, il faut reconnaitre que peu de projets sont mis en place, et ceux qui sont au stade de l’expérimentation, sont loin de réaliser les résultats espérés. Des femmes et des hommes du monde associatif se battent jour et nuit, et cela depuis des années pour faire face au marasme dans les cités et banlieues, lieux privilégiés pour les recruteurs du mal.

Déradicaliser…la Radicalisation n’est pas un vain mot, ce n’est pas un mot creux, il n’est pas vide de sens. C’est une action possible, une action fiable, mais elle a besoin d’une vision autre que celle qui a été mise en avant par les politiques et qui a essuyé un échec décevant jusque-là. C’est aussi une volonté politique à vouloir comprendre le phénomène.

Il est donc nécessaire d’approcher celles et ceux qui sont proches des raisons et effets néfastes de ce phénomène qui a bouleversé la société française et de faire appel aux professionnels de la société, parce que le politique seul, la sécurité seule, les médias « objectifs » seuls, ne peuvent éradiquer, un phénomène. Parce que le phénomène, de l’avis des « connaisseurs » a… sept âmes !!!

Fayçal Charif
Directeur de rédaction.