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Devons-nous parler de sexualité à nos enfants !!?

Par Zahour El Galta

Zahour EL GALTA – Psychologue clinicienne du développement.

La sexualité reste aujourd’hui un sujet tabou, même si la société dans laquelle on vit est hypersexualisée. Ce sujet, lié à l’intime et à l’expérience intime, réveille beaucoup d’angoisses quand il est évoqué. Nombre de parents pensent encore qu’aborder ce sujet avec leur enfant va « leur donner des idées » et donc accélérer l’entrée de leur enfant dans la vie sexuelle. Il est d’ailleurs démontré l’inverse : Une communication de qualité autour de la sexualité va permettre plus tard au jeune adulte d’être plus sélectif sur le choix du partenaire, d’utiliser un moyen de contraception efficace, de mieux se protéger de façon général grâce à une meilleure connaissance des risques liés à la sexualité. Ces jeunes personnes vont présenter moins de conduites à risque et seront moins vulnérables. Il est observé que leurs premières expériences sexuelles, au sens de la génitalité, sont plus tardives.

 

 

Dans mon cabinet, le sujet de la sexualité revient assez souvent en consultation. Autour de la thématique des troubles sexuels pour les adultes et à partir de questionnements pour les plus jeunes. Questionnements qui dans les situations les plus tragiques ont débordé en attouchements. Quand je dis plus jeunes, je pense aux adolescents mais également aux enfants.

Avec des enfants dites-vous ? Oui cela peut paraître surprenant mais la curiosité sexuelle émerge dès l’enfance et l’éducation à la sexualité ne débute pas à l’adolescence. D’ailleurs, elle ne le doit pas. L’adolescence est le moins bon moment pour évoquer la sexualité. L’adolescent, aux prises avec ses transformations physiques, psychiques et hormonales est déjà bien avancé dans son cheminement sexuel. Il a déjà fait la plus grande partie du chemin. Il sera moins disponible à la discussion avec une personne proche. Ayant acquis la notion de l’intime, il préférera s’adresser à une personne extérieure, dans son groupe d’amis, auprès d’un professionnel qui a sa confiance ou encore par le biais des outils informatiques dont il dispose.

En tant que parent, il faut savoir qu’il n’y a pas de moment idéal pour parler de sexualité avec son enfant. Par contre, il y a un contexte idéal, celui de la confiance. Les parents, dans leur rôle éducatif, ont des tâches d’information et de prévention. Cette responsabilité les fait beaucoup questionner sur la bonne attitude, les bons mots à avoir. Il n’y a pas de bonnes réponses, ni de recettes de bonnes pratiques. Par contre, ils peuvent être garants de la mise en œuvre d’un climat de confiance qui permettra à leur enfant de leur adresser ses questions sur la sexualité.

Très tôt, l’enfant pose des questions qui vont provoquer une réaction. Celle-ci sera décodée et donnera à l’enfant des indications sur les limites de ce qui est questionnable. L’échec de la communication serait qu’il ne reconnaisse pas son parent comme personne ressource sur la question sexuelle et qu’il se sente obligé d’adresser ses questions ailleurs. Ce serait l’exposer à avoir des réponses qui ne correspondent pas à la culture familiale, ni aux codes familiaux en terme d’autorisation et d’interdits.

Pour créer ce climat de confiance, il est souhaitable de répondre clairement aux questions de l’enfant, sans essayer de le détourner de son objectif. Il s’agit de lui faire une réponse claire et informative. À chaque âge correspond un niveau d’information spécifique. Le tout petit va plutôt poser la question de ses origines. Il a besoin d’entendre qu’il est né de l’amour entre ses deux parents, c’est ce qui va contribuer à construire sa personnalité et son estime de soi. Ce n’est que plus tard, quand il aura conscience du sentiment amoureux, qu’il pourrait imaginer l’acte amoureux. À ce moment-là, il sera primordial de répondre à ses questions tout en les distanciant de la réalité parentale. Votre enfant ne vous demande pas comment vous faites l’amour, mais comment un couple fait pour avoir un enfant. Il ne s’agit pas de dévoiler votre intimité mais de soutenir un processus d’exploration de son propre corps.

On observe que très tôt, l’enfant va poser des questions autour de la sexualité. La première question apparaît vers 3 ans quand il ou elle se rend de la différence de genre. En questionnant cette différence, il prendra connaissance de la différence morphologique des sexes et de sa propre identité sexuelle construite autour de son organe génital. Organe qui ne sera génétalisé qu’à l’adolescence, mais qui sera toutefois source d’informations sexuelles dès l’enfance.

Il va les poser en mots ou en actes. Par exemple, un enfant qui va toucher les parties intimes de ses amis ou celles des adultes vient poser la question des limites de l’exploration du corps de l’autre. Il doit y avoir une réponse parentale. Une réponse qui vient poser l’interdit de l’intrusion corporelle dans sa réciprocité. « Tu n’as pas le droit de toucher la dame à cet endroit. Et les autres n’ont pas le droit de toucher ton corps non plus si tu n’es pas d’accord ». Cette parole vient dans le même temps pointer la notion de consentement. « Tu as le droit de ne pas être d’accord et cela suffit à ce que l’autre arrête tout comme il ou elle n’a pas le droit d’être d’accord et tu n’as pas le droit de l’obliger ».

D’ailleurs, les prérequis d’une sexualité épanouie se construisent et s’acquièrent lors de tous les moments d’activités partagées, les discussions, les jeux collectifs. Ce sont des moments où l’enfant apprend à décoder l’intérêt et la volonté de l’autre à partager une activité avec lui. Ceci sans qu’il y ait obligatoirement un engagement corporel. Par exemple, l’enfant qui prend en compte le consentement de l’autre dans le choix du jeu est sur les bons rails pour repérer et prendre en compte le consentement sexuel de son partenaire au moment de la phase génitale.

L’accompagnement à la sexualité est avant tout un accompagnement à la vie affective. Une vie affective qui passe par un épanouissement personnel et donc une bonne connaissance de soi. Une vie affective qui passe nécessairement par la connaissance et la reconnaissance de l’autre, sa considération. Une vie affective qui ne peut être pleinement investie que par la capacité à conjuguer ses propres désirs à ceux de son partenaire.