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La famille monoparentale en 2017 en France

Par Wissal El Mahjoubi - Psychologue clinicienne

Ici nous parlerons de la famille monoparentale en France en abordant les grandes lignes de ce concept. Si vous êtes comme moi, une « addict » non assumée du moteur de recherche Google, vous tomberez sur la définition de l’institut national de la statistique et des études économiques, plus communément appelé l’INSEE. Cette dernière définit cette situation en une phrase courte : « Une famille monoparentale comprend un parent isolé et un ou plusieurs enfants célibataires (n’ayant pas d’enfant) ». Ce thème est riche en connaissance, la famille monoparentale évolue avec son siècle, en effet nous avons eu plusieurs appellations avec une représentation de la famille qui a muté au long cours. Bien entendu la perception de la famille monoparentale prend un sens totalement différent selon l’axe d’étude des sociétés occidentales et des sociétés traditionnelles.

Jusque dans les années 1960-1970 la famille monoparentale était reconnue comme cause principale de veuvage. En plus des causes du veuvage, il y avait la situation qu’on nommait : « mère-fille », pour identifier les femmes ayant eu un enfant hors union maritale. Cette dernière situation faisait porter honte et culpabilité aux jeunes femmes et accentuait la paupérisation de ces familles. La famille monoparentale était de ce fait plus subie que choisie, aujourd’hui nous observons un phénomène inverse. La constance de la féminisation dans la population monoparentale est restée importante environ 81%, selon l’Insee, 4 familles monoparentales sur 10 vivent sous le seuil de la pauvreté, le taux de chômage est d’environ 25% contre 12% pour les parents en couple, et  environ 45% occupent un temps complet soit 19 points en moins que les personnes en couple.

La famille monoparentale est hétérogène, on peut retrouver des familles reconnues comme monoparentales telles que les couples homosexuels. Récemment le droit au mariage pour tous a permis d’ouvrir les droits à la filiation dans le cadre de l’adoption. De plus, au sein de ces familles monoparentales, il y a environ 10% qui vivent en couple soit près de 150 000 personnes selon l’enquête Etude de l’Histoire Familiale (EHF).

Les enjeux psychiques dans une famille monoparentale:

Comme pour toute personne, le devenir parent n’est pas inné il se construit bien avant la venue de l’enfant au monde. Entre l’enfant désiré et l’enfant réel, l’enfant en nous que nous taisons, les engrammes psychiques du modèle parental de nos ascendants, notre désir de réparation. Quelle espace laisse-t-on pour la réalisation propre à l’enfant ?

Souvent c’est un exercice d’équilibriste que nous devons accomplir pour s’ajuster à l’enfant et accepter de ne pas happer ce dernier dans notre propre souhait de réparation.

Quand nous sommes confrontés à notre rôle de parent dans une situation de mono-parentalité, cela est d’autant plus difficile, car il n’y a pas cette tierce personne pour nous sortir de la dualité mère-enfant et ou père-enfant.  De ce fait, nous avons plus tendance à porter sur soi le poids de la culpabilité en termes d’éducation, la solitude et les difficultés que peuvent faire face les familles monoparentales vivant dans la précarité impact sur la qualité du lien psychique. On retrouve un attachement adhésif et peu « Secure » entre le parent et l’enfant. Qui plus est, ce sont souvent des petites familles de 1 à 2 enfants par foyer, on constate que seul 17% des familles monoparentales sont nombreuses (selon l’Insee). Ainsi, cela peut  influencer la proximité relationnelle avec l’enfant, qui va venir pallier à la solitude de l’adulte, dans sa vie de célibataire. Le parent se focalise sur l’enfant en négligeant une partie de ses besoins, dans un souci de sacrifice parental, privilégiant le bien être de l’adulte en devenir. La relation à l’enfant s’érigera sous forme de dépendance du lien à l’autre. En termes d’éducation le parent doit jongler entre l’autorité et l’envie de materner, s’ajoute cela la culpabilité qui interfère dans notre rapport à l’enfant, cette dernière peut s’exprimer sous forme d’absence de cadre contenant ou dans l’excès.

Au demeurant, l’évolution constante des familles monoparentales (une famille sur cinq) et de son hétérogénéité, l’approche  des politiques publiques concernant cette problématique doit se faire sous une forme active.

En mettant en place des actions pour intégrer dans la société l’alternative de la co-parentalité, permettant à chacun des parents de prendre place d’une manière optimale dans la vie des enfants, afin d’amoindrir la charge mentale du parent vivant seul, lui permettant de sortir d’une certaine forme d’isolement social. Pour cela il faudrait mettre à disposition plus de médiateurs sociaux pour aider les couples à se séparer et à vivre leur co-parentalité de façon plus judicieuse. Les politiques publiques doivent sensibiliser les institutions publiques et privées au droit à la formation et au travail pour tous, dans l’objectif de favoriser l’indépendance financière des familles monoparentales, en outre ce sont les femmes qui sont les plus touchées. Enfin, accroitre de l’aide pour l’autonomisation et la réalisation de soi dans la sphère socioprofessionnelle pour ces parents isolés, plutôt que de se limiter aux aides sociales mises en place.

Le confort de l’enfant va de soi avec celui du parent, ne négligeons pas le bien être de l’adulte car c’est par lui que l’enfant nourrit son intérieur.

 

Wissal El Mahjoubi
Psychologue clinicienne, pour Upper-Mag

Référence :
Elisabeth Algava, 2002, « les familles monoparentales en 1999 », institut national d’études démographiques (INED)
Roger Rabier (Insee), 2014, « les familles monoparentales, souvent en situation de précarité », INSEE analyses Languedoc-Rousillon n°2.
Sources : insee.fr