Plus haut plus vrai

Le fantasme de la radicalité. 

Par Adnan Mouri

© Loïc Bertrand

 « Daech a réussi à imbiber les esprits » Gilles Kepel .

Le spectre hideux du totalitarisme intégriste islamiste ne date pas des attentats du 4 janvier 2015 à l’encontre du journal satirique Charlie Hebdo et de celui du mois de novembre, mais l’aspect mortifère de cette violence intégriste a trouvé ses racines en Algérie. Pendant la décennie noire qui a endeuillé toute une population dont les séquelles demeurent une tache indélébile et destructrice, aux conséquences ravageuses sur le psychisme ; ce qui révèle aux grands jours les affres d’une violence qui prend des allures d’affolement.

De ce fait, il est utile de rappeler que ce déferlement de la violence intégriste n’est pas ponctué par une dimension aléatoire, des bribes d’exactions sans fondement ; mais bien au contraire ce type d’action incendiaire n’est pas le fruit du hasard mais elle s’inscrit dans le prolongement d’une pathologie sociale qui désagrège le lien social. Cette contagion de mortification sociale renforce les peurs et le repli sur soi-même ; cet état de fait plonge l’ordre mondial dans les abimes sans fond de cette forme de violence qui dévaste l’équilibre psychique de façon individuelle et collective.

Il suffit de faire un tour dans la région parisienne pour voir l’état de lassitude émotionnelle suivie d’une peur qui est continuellement enfuie dans l’inconscient de la population. Lors de notre discussion avec un certain nombre d’algériens vivants dans la région parisienne, ils nous font savoir que les stigmates de la violence restent vivaces, en affaiblissant la vie quotidienne par une névrose de peur. Sur cette atmosphère qui détraque le lien social, un étudiant nous fera savoir que l’hydre totalitaire de l’islamisme se cantonnait uniquement dans les pays du tiers monde où se fourvoient misère et extrémisme.

Devant la mise en exergue de la norme halal, il convient de se pencher sur ce produit qui concerne en premier lieu la viande pour ensuite « s’étendre aux produits élaborés » tels que la charcuterie, surgelée, plats préparés, tout en intégrant les bonbons qui ne sont pas composés de gélatine de porc. Sur cet aspect, l’agence markéting « Ethnique Solís » dans son étude Horizon Shopper 2015, fait savoir que les consommateurs qui achètent de la viande sont estimés à 86%, les bouillons en cube à 43%, plats cuisinés à 24% et les soupes 22%. Dans le même sillage une étude spécialisée dans « le marketing identitaire », fait savoir que le marché s’établissait à 5,5 milliards d’euros en 2010, dont 4,5 milliards en produits alimentaires, et un milliard en restauration hors domicile (kebab, fast-food).

Concernant la certification, l’anthropologue Florance Bergeaud dans son livre « Comprendre le halal », nous dirons que ‘’le marché halal » a été inventé par les pays occidentaux dans les années 70/80. La chercheuse par le biais de son analyse, nous fera savoir que l’implantation de ce type de produits favorisait « un marché de dégagement pour les produits faibles. La chercheuse Christine Rodier met en avant une explication qui permet de constater que « le marché Hallal favorise un « rite alimentaire ». De ce fait, selon ses dires « consommer Hallal dresse une frontière entre « eux » et « nous », en poursuivant son analyse elle dira que les efforts des migrants mettent en avant ce rôle qui déclenche «un processus de socialisation inversée, en établissant « un rapport intellectuel à la religion ».

En montrant que la norme halal n’est pas uniquement « une affaire religieuse, mais c’est une façon de marquer sa personnalité, la chercheuse met en valeur une typologie qui regorge un lien entre ‘’pratiques » alimentaires, groupe générationnel et croyance. En premier lieu, cette étude se focalise sur « le mangeur ritualiste » qui concerne les « migrants berbères », la tradition est partie prenante dans l’art culinaire en entretenant « un rapport mécanique » à la pratique. Dans un second temps, il existe le « mangeur consommateur » qui met en avant la jeunesse. Ce type de « mangeurs » construit un répertoire alimentaire plus moderne avec les codes générationnels, tout en déjouant le schéma traditionnel.

En troisième lieu, le mangeur revendicatif pour qui l’halal constitue « un marqueur identitaire et engendre une distinction qui désormais sera outillée par une forme de protestation. Le cas échéant on prend aussi l’eau Halal ainsi que les œufs, ce qui démontre l’étendue de la clôture identitaire autour de la dimension Halal.

Des sociologues nous font savoir par le biais de leurs publications que dans ce changement « éthique », nous constatons l’émergence « de l’identité halal »qui se focalise dans la logique « binaire de l’interdit, et de l’autoriser ».

Gilles Kepel

À cet égard, le politologue Gilles Kepel dans un article publié sur le halal : « symbole de fracture identitaire », il fera savoir que le halal à envahit le débat public, comme un ostensoir brandi en tête d’une sorte de procession où l’on exorcise le démon, en un hurlement incantatoire qui renouerait par miracle les liens défaits de notre solidarité nationale ». Tout en s’interrogeant sur la question du halal qui demeure minée par les manipulations politiciennes qui créent un malaise civilisationnel ‘’.

Lors de l’enquête réalisée dans une agglomération pauvre de Seine-Saint-Denis en 2010-2011, le politologue avait noté « L’inquiétude de certains habitants non musulmans s’offusquant de ne plus pouvoir acheter une tranche de jambon ni de trouver de boucheries traditionnelles (remplacées par des boucheries halal), et la montée des exigences de consommation halal dans la population musulmane par rapport à une enquête comparable réalisée il y a vingt-cinq ans où cette revendication était très peu présente ». Que s’est-il passé en un quart de siècle ? À la fois des changements dans l’économie française et le marché de la distribution et des crispations communautaires issues de la déréliction sociale. De ce fait comme le dit l’anthropologue Flaurance Blakler. L’alimentation dans un ouvrage « islamiser l’alimentation » est loin d’être seulement l’expression d’un choix, sa dimension émotionnelle en fait une des habitudes sociales les plus profondes et rétives aux changements. Le dégoût, l’écœurement manifeste pour le hallouf » (cochon) et pour toute nourriture déclarée « haram » par le groupe, est l’expression biologique d’un tabou social transmis depuis des siècles.

Enfin, ce label consumériste qui fructifie le « fétichisme des marchandises », à bien des égards, nous fait constater, que le relent identitaire trouve aussi un écho favorable en voulant se contenir dans le repli sur soi. Devant la conception du sujet parlant qui demeure continuellement assujettie aux forces de dépendances, l’aspect surmoïque s’avère continuellement aux aguets. De ce point de vue l’univers de socialisation se lézarde en trouvant refuge dans l’illusion comme le disait S. Freud.

De ce fait, la mise en exergue de « cette fabrication sociale qui fait le lit à la mortification sociale dépeinte à travers son épisode régressif une socialité anomique qui se complaît dans la pulsion de mort. »

La réalité macabre du djihadiste au féminin

Devant l’escalade meurtrière du terrorisme qui touche quasiment toute la planète, les idéologies perverses de l’islamisme ont converti hystériquement les femmes déjà soumises en bombe ambulante.

La question qui mérite d’être posée est la suivante : quelles sont les motivations inconscientes de ces femmes djihadistes ? Sois que le fait de se faire exploser ne permet pas de nier ou occulter le refoulement primaire du statut de la femme, objet\mineur, chez les islamistes. Le fanatisme religieux qui réduit la femme à un objet sexuel pour les hommes ; ce hijab/burqa ; cet accoutrement cache-misère «minorise» la femme et fait d’elle un objet de désir, la femme doit se démarquer seule de la tyrannie rétrograde qui «minorise» son être, en essayant de penser par elle-même et en promouvant l’esprit critique.

Dans le cas contraire, la population sera appelée à végéter dans cette nappe bien lisse «de la domination masculine» qui n’est pas sans conséquence sur l’altération psychique. Dans ce cas de figure, il ne suffit pas de singer les pays occidentaux mais il doit s’agir d’apprentissages quant à la socialisation et l’émergence du sujet qui ne vient pas en claquant des doigts.

Pour revenir à l’explication sur le djihadiste, le politologue Bernard Rougier dans la revue sciences humaines, dira que l’échec du jihad interne en Égypte et en Syrie entraîna dans les années 80, une version externe du jihad qui se voulait conforme à l’origine historique du concept».

L’historien et président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, Benjamin Stora. (Sipa)

Dans la même lignée, l’historien Benjamin Stora, dira, que ceux qui ont commis des attentats ne sont pas des immigrés ils sont nés en France ; pour l’historien le fait est trop souvent passé sous silence car «des fossés mémoriels» s’instaurent entre les générations, ils sont sensibles aux critiques de la colonisation, le système éducatif laisse dans l’ombre le devenir de ces pays en entretenant involontairement leur ignorance comme il le souligne. Le sociologue Michel Wieviorka abonde dans le sens de l’historien en disant que la marginalisation sociale et intégrisme religieux constituent le creuset du terrorisme. Enfin, la réalité sociale des pays devient de plus en plus complexe face à la montée de l’extrémisme islamiste qui plonge le monde entier dans le chaos

Le caractère abscons de l’interdit

Le lien social en Algérie porte en lui les stigmates de la désorganisation sociale ; sous la gorge de la coercition, la dimension morbide du musellement de subjectivité favorise en soi la destruction de « l’autre » par l’effet de la servitude à « l’impuissancialisme ».

Ce conformisme se maintient comme un poison en permettant à l’esprit de devenir un coffre vide qui sert à combler les multiples frustrations dont le vide sexuel renforce une pathologie qui se normalise chez le citoyen. De ce fait, la fascination de l’injonction du surmoi demeure continuellement un champ de plomb qui nourrit la frustration sexuelle tout en engendrant une posture traditionnelle trouvant son salut dans un « aliénisme« . Dans ce cas de figure, même le parti pris de la modernité « frelaté » n’arrive pas à repenser le champ social ; à défaut, il essaie de se complaire dans la vacuité de la pensée, et le narcissisme des petites différences que Freud a très bien décrites.

En effet, devant la crise algérienne qui relève de la dimension sexuelle, le glissement vers toutes les perversions programme avec aisance une bombe à retardement dont le « tic-tac » ne peut plus être ‘’étouffé « . Devant cette impasse, l’espace social tend à dénigrer ces aspects en essayant de les occulter, allant même à dédramatiser des faits, car le refoulement du tabou est toujours là pour colmater la brèche par le biais de l’interdit. L’éducation surmoïque prégnante dans ce pays tente de « fourbir des armes dogmatiques pour annihiler « la structure subjective » du sujet.

Suivant la contextualité sociale, l’ambiguïté pornographique suscite un débat houleux, quant aux déclarations du ministre des télécommunications, elles s’avèrent comme à son habitude un puits sans fond de rationalité. En érigeant l’interdiction comme fondement pornographique positif qui recèle dans son sein une focalisation obsessionnelle de l’interdit, cette attitude de ‘’dévotion bornée » empêche que l’on puisse remettre en cause les dérives sexuelles. Les ravages utiles de la spoliation de la subjectivité depuis l’indépendance, ont fait plonger la jeunesse algérienne dans une crise multiforme : identitaire sexuelle etc.

Est-ce que l’hystérisassions des blocages des sites pornographiques vont se révéler efficace, ou bien elle servira cette logique hégémonique qui veut continuellement se maintenir dans un pouvoir agonisant mais fort résistant ? Le fait de faire plaisir aux conservateurs en se cramponnant devant leurs explications mesquines qui étalent à grand jour leur frustration sexuelle ne démontre-t-elle pas une politique qui arrive à bout de souffle ? Devant le doux délire de l’interdiction, d’une politique cynique qui continue de verser de l’eau au mauvais moulin, peut-on oser encore croire aux bribes de changements des mentalités en prenant à bras le corps la rationalité éducative sans tabou, tout en battant en brèche la notion l’interdit qui fait de l’enfant une victime.

Favoriser la socialisation de l’enfant en bonne et due forme nécessite de prime abord le questionnement de la vie psychique sexuelle de l’enfant .Cet aspect primordial de compréhension doit passer par l’introduction de l’éducation civique en intégrant dans sa dimension le rapport à soi et au corps. Enfin, devant une structure chaotique de l’inconscient social qui se fige dans les méandres du refoulement primaire, la mise en exergue des prémisses de changement social devra consolider « une nouvelle grille d’interprétation basée en premier lieu sur « une communication authentique » qui favorisera une modalité « du vivre ensemble« .

Adnan Mouri