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Interview de Julie Dénès, auteur de « Une poule sur un mur ».

Julie Denes - Une poule sur un mur
Julie Denes – Auteur de « Une poule sur un mur » paru aux éditions « Michalon »
UM : Bonjour Julie, présentez-vous….

JD : Je suis une femme engagée. D’origine bretonne, j’ai 37 ans et deux beaux enfants. De formation juridique, j’ai exercé mon métier de juriste dans différentes associations et pendant près de 6 ans au sein de l’armée de Terre en tant qu’officier. Je suis à présent Présidente fondatrice de l’Association les Berceaux de la Francophonie et co-fondatrice de l’ONG DIPLO21.

 

UM : Un livre qui décrit votre descente en enfer en une seule rencontre, et le besoin de vous raconter et de vous dire, de vous livrer au public vous est venu de quelle manière ?

JD : Plusieurs fois j’ai tenté d’écrire cette histoire mais je ne trouvais pas l’angle, les mots ne venaient pas, la plaie était encore béante et je n’avais pas la force suffisante pour affronter le passé et regarder la vérité en face. L’écriture a toujours été pour moi la façon d’exprimer mes sentiments les plus profonds. Depuis petite, j’écris. J’écris pour dire je t’aime, annoncer des événements, demander pardon. Il était donc naturel que ce témoignage se fasse par écrit. J’ai décidé de partager mon expérience pour mettre un point final à tout ça. Livrer ce message. Eve est morte. C’est ma manière de lui rendre un dernier hommage. Une rencontre a tout changé. J’ai rédigé la préface du Roman MALVO de Yannick Wezet-John NAMBO ce qui m’a valu une rencontre avec Yves Michalon. Il a eu la phrase qui a fait que je me suis dit que c’était le moment. J’ai à présent également le recul, l’amour et la confiance qu’il faut pour livrer le récit de cette histoire et assumer le tout.

 

UM : Le titre, une comptine d’enfant que l’on apprend aux enfants en maternelle et aujourd’hui le titre de votre livre. Pour vous, cette comptine, vous rappelle quoi ? Et pourquoi ce choix ?

JD : A vrai dire, elle m’est venue comme ça. Je n’ai pas choisi. Elle s’est imposée. Sans doute une manière de se réfugier dans l’innocence et la quiétude de l’enfance lorsqu’il m’est devenu impossible de supporter la violence des mots et des maux.

 

UM : Votre livre témoignage, légèrement romancé, peut nous prendre aux tripes et par certains moment nous donne l’envie de venir vous réveiller de votre léthargie… pourquoi vous réfugier autour de cette comptine alors qu’il aurait été plus simple de tout simplement crier ?

JD : Mon père a eu cette réflexion un jour :

« si une femme se fait agresser ou violer, il vaut mieux pour elle qu’elle crie au feu plutôt qu’au viol. »

Et c’est vrai. Les violences intra-familiales et dans le cas présent les violences conjugales sont encore trop souvent considérées comme « des affaires privées ». Qui dit privées dit réglées en privé. Une personne extérieure n’a pas à intervenir. Ce serait comme une sorte d’ingérence. Par ailleurs, il y a la peur. Vous êtes à huis clos. Séquestrée chez vous physiquement et psychologiquement. Les cris feront monter la pression. Il voudra vous faire taire. Et ce cri pourrait alors être le dernier. Non, il n’est pas plus simple de crier. Cette comptine a permis de faire écran. De ne plus entendre les insultes, de nier la présence de cet homme et de m’échapper, sortir de mon corps en quelque sorte.

 

UM :Vous étiez spectatrice de votre vie et vous assistiez en silence à la manipulation perverse de cet homme. Pourquoi cette culpabilité vous empêchait de dire Non ?

JD : D’une part, je manquais de confiance en moi et c’est cette faille qu’il a exploitée. Et d’autre part, j’étais prise dans la spirale de la violence. C’est bien cette spirale qu’il faut comprendre. Il avait fait le vide autour de moi. Il était charmant, puis violent et me faisait culpabiliser, puis charmant à nouveau et ainsi de suite. Dans ce cas-là, on espère un changement, on se contente des miettes de ce qu’on croit être l’amour. Et lui vous fait croire qu’il est le seul à pouvoir vous aimer et vous accepter comme vous êtes.

 

UM : Racontez-nous qui était votre bourreau que vous prénommez « Éric ».

JD : Comme beaucoup de psychopathe ou de pervers narcissique, il était charmant, poli, souriant, charmeur. Le vernis se craquait vite en privé. Il était plus âgé que moi mais refusait de donner sa date de naissance. Un style de chanteur de R&B, musclé, impeccable. Il avait d’ailleurs un côté un peu maniaque. Il attachait énormément d’importance à son style et son allure. Il se croyait irrésistible. Menteur, manipulateur, sadique et finalement un côté looser que j’ai découvert plus tard.

 

UM : Quel a été l’élément déclencheur qui vous a permis de dire stop et de devenir actrice de votre vie à nouveau ? Fanny et Hamid ont-ils été ces mains tendues par la destinée pour vous rappeler que vous étiez finalement libre tout au long de cette romance illusoire ?

JD : Une série d’événements en réalité. Effectivement, le regard d’« Hamid » et ses mots ont fait l’effet d’un électrochoc. Je n’avais plus de vie sociale. Plus de vie tout court d’ailleurs. Et voilà qu’un homme jeune, beau, intelligent, sensible posait le regard sur moi qui n’était plus que l’ombre de moi-même. Cette soirée épouvantable au cours de laquelle cette comptine est venue pour me protéger. Le test chez le gynécologue. « Fanny » a été aussi d’un grand secours. Elle était quasiment la seule personne que je voyais. C’était un trop plein. Je voulais me débarrasser de lui mais je ne savais pas comment et les semaines, les mois passaient.

 

UM : Vous êtes juriste et engagée dans la défense des droits de l’Homme et spécifiquement ceux de la femme. Pourriez-vous nous dire si vous n’aviez pas, vous-même, vécue cette histoire si votre engagement aurait été le même ?

JD : Oui. Je fais partie de ces personnes qui pensent qu’il n’est pas nécessaire d’avoir vécu un drame ou une situation pour pouvoir s’en saisir, le dénoncer, agir et s’engager. J’ai toujours combattu les injustices et l’iniquité. Je suis et resterai aussi longtemps que cela me sera possible, une femme engagée.

UM : Quel message voulez-vous transmettre à travers votre livre ?

JD : Il en a plusieurs que je délivre notamment dans l’épilogue. Le message principal à délivrer à toutes les personnes qui liront ce livre et qui ont subi de près ou de loin ce genre de violences est : « ce n’est pas votre faute » Quand on aime on ne tape pas, on ne violente ni une femme, ni un homme, ni un enfant. Aimer n’est pas un acte violent et ne doit jamais le devenir. Et malheureusement, la première insulte, le premier coup ne sont jamais les derniers. Dire aussi que chacun est responsable et que l’absence d’action de celui qui connaît une personne qui subit ce genre de violence est à mon sens une forme de complicité. Et puis dire aux victimes que c’est possible. Que la vie ne s’arrête pas. Il faut du temps bien sûr, pour se reconstruire, pour recoller tous les morceaux. Mais avant toute chose il faut commencer par se pardonner soi-même.

Julie Dénès pour Upper-mag.

 

Voir aussi la présentation de cet ouvrage ici.