Plus haut plus vrai

Interview de Mlouka Chakroun veuve de Cheb Hasni.

 

Propos recueillis par Dounia Makhlouf.

 

 

Dounia Makhlouf : Madame Chekroun, vous étiez l’épouse de Cheb Hasni, pouvez-vous nous raconter votre rencontre et votre histoire ?

  • Mlouka Chakroun: Mon nom est Mlouka Chakroun, je suis la veuve de Hasni Chakroun plus connu sous le nom d’artiste de Cheb Hasni. Je répondrai à vos questions avec le cœur car c’est un sujet qui me touchera éternellement. Mon histoire est un rêve qui s’est transformé en cauchemar après son départ.  Je me suis retrouvée seule avec mon fils, seule contre tous. Son départ n’était pas simplement un adieu mais la naissance de mes premiers combats contre un monde dont Hasni me protégeait.  Vous savez, c’était un homme simple mais si fort, si prévenant, j’étais son amour et mes enfants et moi nous étions tous les jours devant cet homme magnifique qui est parti parce qu’il était un artiste. Je me bats en justice avec un éditeur qui vole tout le patrimoine de mon défunt mari (Allah irahmou). Le juge d’instruction a fait un non-lieu mais je ne vais pas me taire, je vais demander une audience au ministre de la culture (Mr Azzedine Mihoubi). Hasni est un homme qui a perdu la vie pour ses chansons et cet éditeur après 23 ans dit qu’il a tout les droits sur le patrimoine de Cheb Hasni.

C’est une exclusivité pour Upper-mag, je vais sortir le livre sur notre histoire très prochainement.

Et quelle chanson a été écrite pour vous ?

  • Sa chanson était « Baida mon amour ». Ah j’en tremble encore aujourd’hui quand je l’écoute, un cadeau aussi grand, aussi intemporel, j’étais la femme la plus heureuse.

Hasni star du rai sentimental, il a bercé de nombreuses oreilles de chansons d’amour, et il reste dans la mémoire des algériens et des algériennes. Quelle est votre chanson préférée ?

  • « Tal kaybek » était une chanson pour l’Algérie. Hasni voulait une Algérie de paix, une Algérie libre, une Algérie qui allait montrer au monde sa culture, son histoire, une grande Algérie tout simplement. Je raconterai tout dans mon livre.

Quel est l’attention ou le plus beau cadeau que votre mari vous ait fait ?

  • Mon plus beau cadeau c’est mon fils Abdellah. Ce n’est pas qu’un cadeau mais le pilier de ma vie. Un fils qui a grandi sans son père mais qui, aujourd’hui me rend heureuse. Dans chaque mot qu’il prononce j’entends la voix de mon défunt mari.

Votre meilleur souvenir ?

  • Je viens de revenir d’une Omra et on l’a fait aussi pour lui. Des souvenirs, vous savez j’en ai tellement avec Hasni et notre fils. Je les raconte dans mon livre. Upper-mag sera, évidemment, tenu informé parmi les premiers, je n’en dis pas plus.

Aujourd’hui Mlouka comment vivez-vous son absence ?

  • Ma souffrance c’est sa perte. Vous ne pouvez pas imaginer ce que je vis au quotidien. Vous créez un château et c’est les fondations qui s’écroulent avec son départ. Dieu est grand et nous lui appartenons mais j’ai tous les jours des pensées pour Hasni, je vais autant de fois que je le peux me recueillir auprès de sa tombe. L’amour de ma vie, celui qui me chantait en permanence ses mots, des mots qui raisonnent encore en moi aujourd’hui. Je vis pour deux car seule, je survivrai tout simplement.

Quels sont vos projets d’avenir ?

  • Dans l’immédiat c’est la sortie de mon livre, où je raconterai la vraie histoire de Hasni, notre rencontre, notre parcours, les coulisses, la pression qui se vivait en Algérie et comment Hasni ressentait cela. Je ne peux pas vous en parler encore. Vous savez Dounia, beaucoup pensent sincèrement connaitre celui que l’on appelle « le roi du sentimental » mais en fait c’est un homme très timide, il aimait le couscous et les blagues, il n’aimait pas que l’on fasse du mal aux femmes et il aidait beaucoup les pauvres. Alors oui je veux parler de notre histoire pour dire à tous ceux qui l’ont aimé qui était cet homme mort pour la liberté de penser et la liberté d’être un artiste.

Dounia Makhlouf.