Plus haut plus vrai

J’ai épousé une perverse narcissique

Par Khalid LOUGUID

Un homme comme les autres dans une ville comme les autres si ce n’est le scénario que je relate par ce scanner verbal. Il est difficile de transcrire des émotions avec des mots, alors j’offre à cette peau blanche des poinçons aux couleurs de ce que j’ai vécu… Le deuil.

Elle est une femme magnifique, une perle que j’ai trouvé dans le plus bel océan, un ange tombé du ciel comme la pomme de Newton, à partir de cet instant ma vie allait avoir une nouvelle équation. Chamboulement. Je l’ai rencontrée il y a quelques années et découverte juste avant notre séparation. Notre relation avait débuté comme une romance photo, avec des rires qui ne finissaient pas, des serments et des vœux oubliés dans l’antre de mes souvenirs.

Chaque jour était différent, elle était devenue ma nouvelle référente, sans artifice ni vice, du moins en apparence… Elle était une artiste de la vie. Elle avait su apporter à mon existence sa présence, son amour, sa douceur, oui sa douceur, ne soyez pas surpris même si, au final, ce fut une douleur ! Des rencontres à l’opposé de nos principes traditionnels, je suis issu d’une famille pratiquante et respectueuse du patrimoine culturel légué par nos aïeux. Un soir, quelques temps avant l’union qui allait sceller ma condamnation, elle m’avait proposé une délicatesse qui ne fut qu’une bassesse d’un désir incontrôlé. Une surprise, un avant-goût ou plus subtilement une mise en bouche de ce qu’elle savait faire de mon corps. Puis le mariage, une danse, la nuit de noce et aujourd’hui, ce matin à l’aube d’une nouvelle journée, je n’ai rien vu venir.

Un matin que l’on rêve quand la nuit s’offre à vos rétines. Couché près d’elle, elle m’avait promis que nos jours seraient meilleurs, que l’heure passée ne se reproduira plus jamais, que l’amour vaincra de ce moment difficile. Je suis absent alors que mon corps se présente à sa violence comme un champ de mines sous ses ogives verbales. Elle n’est pas comme ça habituellement, je vous le promets, elle sait être douce, mielleuse, nerveuse parfois dans ses faiblesses comme sa force de caractère. Mes amis ainsi que mon psychologue me disent qu’elle est malade mais quand je vois le sérieux qu’elle peut dégager et l’influence qu’elle a sur ses proches ainsi que sur le monde virtuel qu’elle crée, je me dis est-ce vraiment une maladie ou une manière de vivre marginale ? Ne lui dites pas cela, elle niera en bloc, elle sourit à la vie, à ses amis pris sous le jeu de ses représentations scéniques.

Elle est un ange ou plutôt un démon, non je crois un ange ou je ne sais plus, je ne sais plus car son visage peut prendre une forme démoniaque pendant quelques instants, rien que quelques minutes qui ont eu raison de mes larmes. Je n’ai rien vu venir.

Je ne peux pas m’échapper comme un lion que l’on électrise  dans une cage renforcée, il rugit pour se protéger mais au bout de quelques instants, il ne bouge plus et se laisse électriser. Je suis cet animal, j’ai encore du mal à en parler car aucun mot ne peut remplacer une douleur. Je ne sais pas comment remédier à cette situation, je m’attends toujours au meilleur comme au pire, alors je m’entraîne psychologiquement à être un funambule. Je tiens à le préciser, pour ceux qui ne me croiraient toujours pas, elle ne m’a jamais frappé, c’est une onde de choc verbale. J’étais un roc, dans mon métier, je suis parmi les plus combatifs… mais là toujours couché près de mon bourreau je me tais. Je me hais car je ne peux en parler car on ne me croirait pas ! Elle est, de l’autre côté de la cage, la plus douce des femmes, la plus aimante et mes collègues me jalousent… si au moins ils savaient. Je ne peux pas parler de mon histoire car elle est humiliante, j’ai honte de laisser sa vie prendre le dessus sur la mienne, honte de ne pas prendre ma place, honte de vous ?

Soudain, avec la douceur d’une prédatrice, elle se pencha pour me susurrer à l’oreille quelques mots que je n’oserais tapoter sur mon clavier, mes mains s’y refusent, ces doigts qui ont tant de fois caressé sa peau, ce même visage habité par deux locataires ; l’un magnifique et l’autre maléfique.

Subitement, à la manière d’une gladiatrice qui aurait le droit de vie ou de mort sur sa victime, elle se leva et se dirigea dans la cuisine pour en revenir en larmes. Vous ne pourriez pas me croire, en larmes, cette femme qui était à l’instant même partie pour prendre son trophée, revient en pleurs pour se plaindre. Suis-je fou ? Est-ce que je venais de vivre quelques secondes plutôt une torture ? Dites-moi que je suis vivant et éveillé, dites-moi que je ne suis pas fou, comment vous prouvez si ce n’est avec du factuel que je ne suis pas dans un délire dû à un psychotrope ou autre ? Je suis convaincu d’avoir vu, ressenti et même subi sa colère, sa manipulation !

Elle ne méritait pas cette vie me disait-elle. Je ne suis qu’un nuage sombre dans son ciel bleu, je n’étais pas un homme. Mais qu’est-ce qu’être un homme aujourd’hui ? Est-ce un homme qui assume son foyer, un homme qui protège son épouse, qui élève le niveau pour offrir le joyau à sa dulcinée ou simplement un punching-ball qui récolte la haine de madame, je vais être honnête avec vous maintenant je me pose la question.

Elle aurait tellement aimé vivre comme la princesse Sissi ; à la cour des grands rois. Elle me reproche de vivre comme une souillon, comme la domestique d’un homme qui ne l’a jamais été, moi qui lui ai offert ma vie, ma petite richesse. Ma famille était là avec la fierté d’avoir réussi la vie de son fils… si au moins ils voyaient les balafres de mon cœur pris entre les ronces d’une rose. Je suis un autre à ses yeux, ma vie ne compte plus, je suis un trépied usé, je ne suis plus assez bien pour elle. Mon cœur amoureux se bat avec ma conscience, elle qui ne veut plus patienter sous ce joug, je me sens si faible, si humilié que mon esprit entre en rébellion.

J’ai pris les choses en main, maintenant, j’allais devenir cet homme à qui elle aspirait une vie calquée non plus sur la sienne mais sur la mienne. Quitte à tout perdre, je ferai le nécessaire pour sauver mon corps de cette cage. Une plage de sentiments, une page sur laquelle s’échouent mes souvenirs, ses mensonges, ton masque.



Extrait de la participation de Khalid Louguid, du Livre de Hatem Oueslati:  » J’ai épousé une perverse narcissique. » paru aux éditions BOD. Cliquez ici pour vous procurer le livre.