Capture écran du documentaire «Une jeunesse à vendre».
© Fournis par Libération Capture écran du documentaire «Une jeunesse à vendre».

Un documentaire poignant, diffusé ce mercredi soir sur France 5, se penche sur les adolescentes qui se prostituent et pointe leur difficile prise en charge.

Combien sont-elles ? «Entre 5 000 et 8 000» jeunes filles qui se prostituent en France, pose Armelle Le Bigot, responsable associative. Mais ce n’est qu’une estimation, nuance-t-elle. Pas de chiffre précis, mais la reconnaissance d’un «phénomène», selon un commissaire de la brigade de protection des mineurs.

Elles ont entre 13 et 16 ans, viennent de tous les milieux sociaux. Alors qu’elles sont encore au collège, cela peut commencer par «une pipe contre un McDo», témoigne une assistante sociale scolaire. «Si on demande aux jeunes, elles n’ont aucune conscience de se prostituer». Ensuite, ça peut devenir un «engrenage», décrit Armelle Le Bigot. Les jeunes filles, souvent entraînées par une copine ou un copain, s’inscrivent sur les rubriques «rencontre» de sites de petites annonces. Et elles peuvent aller jusqu’à intégrer des réseaux de prostitution chapeautés par des proxénètes. Une ado de 15 ans décrit : «5 à 10 clients par jour, des hommes mariés entre 20 et 60 ans, 100 euros la demi-heure, 200 euros l’heure».

Ce que le documentaire laisse entrevoir, c’est que toutes les adolescentes n’ont pas les mêmes chances face à la prostitution : certaines ont subi des viols qui les ont fait basculer, ou sont clairement en rupture familiale. Leur fugue s’imbrique avec leur pratique de la prostitution, l’une venant alimenter l’autre et vice-versa.

Télé-réalité

Face à cela, la police n’a pas les armes. «La prostitution n’est pas un délit, on ne peut pas mettre un policier derrière chaque gamine de 16 ans», explique un commissaire qui dit plutôt cibler les proxénètes de ces réseaux, âgés parfois de seulement 20 ans. Les associations pointent la responsabilité de la société, entre télé-réalité qui érige «la femme bonne» comme un modèle et réseaux sociaux où tout est accessible à tous. Les services sociaux, eux, avouent ne disposer d’aucune solution miracle pour faire cesser ce fait de société où les récidives des jeunes filles sont nombreuses.

Alors pour sauver ces adolescentes, reste le combat des parents, remarquables. Ils passent leur vie à chercher leurs enfants, s’inscrivent sur ces sites pour essayer d’entrer en contact avec elles et les faire revenir, craquent souvent, leur ouvrent les bras quand elles reviennent… Et repartent à leur recherche quand elles prennent à nouveau le large.

Jeunesse à vendre, ce mercredi 18 avril à 20h50 sur France 5.