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La laïcité serait-elle devenue la nouvelle religion d’état ?

La France « fille aînée de l’Église », a toujours nourri un rapport particulier entre le cultuel et l’État, qui fut sous l’Ancien régime et ceux depuis le baptême de Clovis, un 25 décembre 498, religion d’État ou plus précisément celle du Souverain.

De clans en ligues, l’histoire de France est l’histoire de la religion de son Monarque et il en fut ainsi jusqu’à la révolution, où les autres religions n’avaient qu’une place minoritaire voire même interdite. N’est-il pas plus grande démonstration de ce fait que de l’édit de Nantes, signé par Henri IV, fut révoqué par l’un de ses descendants, Louis XIV (petit-fils)

Ainsi les autres religions n’avaient pas le droit de citer ou pouvaient le faire, mais sans droit, sans liberté de conscience. L’édit préfigurait d’une certaine façon la volonté de liberté de cultes et la révocation revenait à supprimer cette liberté, qui sera toujours recherchée dans les textes et les conflits politiques, dans ce concept novateur de liberté de conscience, véritable « révolution culturelle et cultuelle » qui revenait à dire que la religion du souverain n’était plus celle de ses sujets.

 

La révolution qui tentât un temps d’interdire et de réglementer, finit par la volonté d’un Napoléon, de pacifier aux conditions du nouveau souverain, un régime concordataire qui ne fit que temporiser les tensions entre laïcs : Républicains et catholiques : Monarchistes. Une chose est certaine, la religion qui primait était le catholicisme et non de façon plus large le christianisme !

Quant aux autres confessions religieuses, elles n’avaient pas le droit de citer et il faudra attendre le second empire et Napoléon III pour donner aux Israélites des droits. Ce long processus et la volonté d’un régime républicain, qui devait n’être que de transition, pour la IIIème République, amenèrent à un texte particulier et unique que fut la loi du 9 décembre 1905 : Loi de séparation des Églises et de l’État.

Par Églises, il faut entendre catholiques et à l’époque le texte visait particulièrement le régime concordataire. La place des autres religions était secondaire dans le texte. La place de l’islam ou de la religion juive n’était pas le principal objet de ce texte et même si l’affaire Dreyfus fut un moment de fractures, on pouvait trouver des catholiques dreyfusards comme le colonel Picard. Mais les tensions restaient réelles et le régime de Vichy fut la symbiose ultime de ce que l’on pouvait faire de pire au nom d’une religion d’État, lorsque son Chef, dévoyait une religion pour la pire des idéologies.

De cette laïcité à la française, il faut entendre la volonté de ne voir aucune hégémonie d’une religion sur une autre et la religion catholique était la religion désignée implicitement dans le texte mais explicitement dans les faits.

Aujourd’hui cette laïcité ne serait-elle pas devenue la nouvelle religion du souverain, le droit de conscience en moins ? Et au nom de la laïcité et de ce compromis historique, un moyen dévoyé de contrevenir au droit de culte, surtout depuis l’émergence de la religion islamique ? Il est de coutume de se méfier de ce que l’on n’en connaît pas et l’absence de clergé pour la religion Musulmane est un point d’incompréhension qui conduit nombre de personnes à se déclarer catholique mais non pratiquant et de confondre islam et invasion, alors même que les musulmans ne représentent que 8,8 % (selon un rapport de PEW research center). D’ailleurs si l’État était perçu comme entièrement séparé de l’Église et de l’État, cette situation ne serait pas, puisque religion et nationalité sont dissociées !

Une certaine droite et l’extrême droite battent le fer des racines chrétiennes, alors même que les Français ne sont que 6 % à fréquenter les églises régulièrement. (1 fois par mois au sens statistique) cette absence de clergé par rapport à la religion catholique, pose la question de la représentation. Les tentatives de création d’une organisation représentative du culte musulman, sous l’ère Sarkozy, méconnaissaient le principe que l’État n’avait pas à organiser, mais qu’il s’agissait aux musulmans de s’organiser. L’impulsion en fonction de celui qui la donne contrevient au final à cette séparation.

Aujourd’hui la laïcité est perçue comme une atteinte au droit de culte et l’amalgame entre musulman et terrorisme portent un coup plus grand lorsque les choses se déportent sur le registre de l’immigration, oubliant les raisons qui ont conduit ces populations issues du Maghreb, à venir, pour une France des 30 glorieuses. La laïcité doit être le texte garant de la neutralité et non de la stigmatisation de français ou pas, d’un débat qui dérape trop souvent sur le rejet de l’autre. Ici une croix qu’il faut mettre à terre au nom de la laïcité ou un repas qui doit être revu, mais toujours la même volonté d’invoquer la loi de 1905 comme si la religion était un problème.

Le problème c’est l’empiétement de la religion, pas la religion. Lorsque cette dernière impose aux autres sa façon de penser, nous sommes dans l’écart, mais lorsque l’État évoque la laïcité contre la religion, oubliant la liberté de conscience, on tombe dans une nouvelle religion d’État, celle de la laïcité dévoyée.

Soyons donc habités par nos fois respectives, qu’elle soit confessionnelle ou non et n’oublions pas ce qui nous guide : l’Autre !

« L’enfer c’est l’autre » déclarait Jean-Paul Sartre et bien je déclare ici que l’enfer c’est lorsque l’on est seul et le monde ne se sépare pas entre ceux qui croient et la laïcité.

Les deux sont liés comme la Ying et le Yang et méditons cette phrase « si j’avais à choisir entre une injustice et le désordre, je préférerais l’injustice au désordre« . Goethe

Et bien soyons capable de choisir le désordre pour créer de la justice et parfois de l’injustice pour créer de l’ordre. C’est toute notre capacité à considérer Dieu dans chaque homme et d’être une idéologie habitée et non dénuée de toute âme.

Emmanuel Vanpoulle