Plus haut plus vrai

L’arrogance dogmatique de la socialité primaire

De Adnan Hajj Mori

Là où croit le péril, croit aussi ce qui sauve Hölderlin “dès que le visage de l’autre apparaît, il m’oblige.”

Levinas.

Suite à la conférence sur l’inter-culturalité qui a fait office d’éclairage spongiforme sur la dimension de l’interaction sociale, mon propos vise à subvertir cette mollesse psychique qui embrigade l’esprit dans une forme d’infantilisation. De ce fait, cette forme «d’hégémonie culturelle » semble se faner par l’illusion de l’affect qui la ravage.

Il va sans dire que le potentiel de l’agir culturel aurait continuellement cette tâche de convivialiser l’échange par la mise en exergue de la dimension de l’hétéronomie, qui se fait à travers une d’identité en constante évolution avec les interactions d’autrui. Comme le disait Edgar Morin dans politique de civilisation.

Il faut distinguer culture et civilisation. La culture est l’ensemble des croyances, des valeurs propres à une communauté particulière. La civilisation, c’est ce qui peut être transmis d’une communauté à une autre : les techniques, les savoirs, la science, etc. Par exemple la civilisation occidentale dont je parle, qui s’est du reste mondialisée, est une civilisation qui se définit par l’ensemble des développements de la science, de la technique, de l’économie.

Et c’est cette civilisation, qui aujourd’hui apporte beaucoup plus d’effets négatifs que d’effets positifs, qui nécessite une réforme et qui nécessite une politique de civilisation.
Mais la mythification du cogito-manifeste de prime abord, une méconnaissance de l’homme à la culture censée apporter un changement dans son univers ; de ce fait nous pouvons dire que le processus d’inter-culturalité n’est pas exempt de domination, et ne peut faire valoir une émancipation sociale en éclipsant l’indétermination psychique qui façonne l’imaginaire du sujet.
Cette fétichisation irrationnelle de la rationalité démontre que la dimension de l’inconscient demeure continuellement mal explorée voire refoulée et semble embarrasser le sujet agissant soucieux de l’affect.

Pour paraphraser le sociologue Edgar Morin si la raison est la règle absolue le sujet humain pourrait être conçu « comme un fou et sage à la fois ».

Il dira :

« on ne peut plus opposer substantiellement, raison et folie, il nous faut au contraire, surimposer au visage travailleur appliqué d’homo-sapiens, le visage « d’homo-démens » en un mot l’homme est fou et sage à la fois ».

De ce fait, la socialité de l’inter-culturalité peut être une éclosion et un moment vital, mais si elle demeure absorbée par l’affect va inéluctablement obéir à un certain aliénisme qui trouve refuge dans « un asile d’ignorance ».

Nous pouvons dire avec Christian Maurel qui dans son livre intitulé ‘’Education populaire et puissance d’agir’’ que :

« La culture n’a pas de portée émancipatrice ».

Pour ce philosophe, ce concept est dominé par ‘’une charge sémantique’’, la culture ce sont “ d’abord des styles de vie ensemble de modèles et représentations sociales” ainsi le groupe social s’entretient sous la forme « d’habitus » comme disait Bourdieu selon des dispositifs incorporés.
Pour faire valoir une compréhension « praxéologique », il nous faut décortiquer les lieux ‘’où elle se niche’’, et les fonctions qu’elle occupe « dans l’organisation » et la transformation de cette dernière car dans ce cas de figure, l’archétype culturel est aussi un langage ce que le sociologue Claude Passeron appelle « les comportements déclaratifs, ce qui peut laisser transparaître » selon la métaphore de Bernard Lahire « pour comprendre le social à l’État déplie, individualisé il faut avoir une connaissance du social à l’état déplié ».

Cette compréhension selon ce sociologue permet de se départir de la conception « stérile de l’’acteur et du système ».
La fétichisation irrationnelle du dialogue se fige dans une conception essentialiste en faisant régresser, anémier la parole en versant dans « la socio sécuritaire », tout en méconnaissant l’incertitude. Comme disait Hegel « incertitude et doute sont liés, l’un appel l’autre et l’autre appel l’un».

En un mot le « scepticisme est l’énergie de l’esprit ». L’élan culturel qui dépasse « la maîtrise des bas instincts » devra repositionner la subjectivité qui intervient « comme instance réflexive délibérante » ou comme le dit Castoriadis « il permet de mettre à bas la montée de l’insignifiance » L’hétéronomie d’une société, c’est-à-dire l’autonomisation des institutions et de l’imaginaire qui les soutient, une fois admis de manière générale la fabrication des individus sociaux par les sociétés, nous conduit à considérer cette fabrication dans le cadre d’une telle hétéronomie. Ainsi, selon Castoriadis, les sociétés placées dans la « clôture de leurs significations imaginaires » et de leurs logiques, fabriquent « les individus en leur imposant les deux [clôture des significations et de la logique instituées] » en conséquence de quoi, elles fabriquent « donc, d’abord et surtout […], des individus clos »

Le risque d’aliénation de ce type d’affect trouve un écho favorable dans le combat d’association féminine qui souffrent d’indigence intellectuelle sur la question elles essaient de dégommer le résidu archaïque du patriarcat avec le moins de frais possible en occultant la « perversion » de la féminité.
Le combat est semblable à une forme de mise à nu de la dénonciation spongiforme qui ravale sans coup férir les symptômes de l’angoisse et l’inhibition.

Le ratage de l’argument d’une algérienne debout par Khalida Toumi s’enracine en tant que symptôme, au fil des ans dans ses milieux dits féministes « ce n’est pas parce qu’il y a des hommes et des femmes qui tuent d’autres hommes et d’autres femmes qu’il faut construire de nouvelles inepties quant à l’être de la femme »

Sur cet aspect, nous pouvons dire que le combat des progressistes réside dans le fantasme de compensation entre deux logiques hénothéisme et monothéisme pour faire valoir la dimension de surhomme en voulant la mort de Dieu .mais cette conception dogmatique se fige par le retour dû refoule qui stipule « que Dieu n’est pas mort il est dans l’inconscient » Lacan.

Enfin vouloir subvertir l’affect par une volonté subjective « voulant atteindre l’objectivité devra permettre selon la terminologie de Spinoza le dépassement des passions tristes vers les passions les plus gaies qui mettent en avant notre puissance d’agir en construisant comme le disait Michel Foucault « une nouvelle figure de l’homme ».