Plus haut plus vrai

Le Kama Sutra local.

De Adnan Mori

Je ne dirai pas les raisons que tu as de m’aimer. Car tu n’en as point. La raison d’aimer, c’est l’amour.

[Citadelle (1948)]

Le Kama Sutra local.-- Par Adnan Mori
Le Kama Sutra local.–
Par Adnan Mori pour Upper-mag

La prise en compte de la dimension sociale de l’inconscient tant sur le plan individuel que sociétale permet de se consolider à travers des vertus thérapeutiques qui essaient de rationaliser la psyché humaine. De ce fait, les capacités cognitives permettent de passer au crible les préjugés et les superstitions qui infantilisent le citoyen.

À ce titre, la prise en compte de la dimension psychique par le biais du décryptage de l’inconscient comme étant une structure langagière qui parle en nous, permet de dénouer le refoulement, les psychoses, la persécution et le sentiment de l’intolérance qui engendre la privation de liberté. De nos jours, les actions rationalisatrices de la science de l’inconscient se trouvent continuellement en butte à l’étalage des psychologies cosmétiques qui veulent tout médicaliser en valorisant une démarche teintée de rationalité instrumentale qui concentre son fondement dans la logique du résultat, fanatisme du marché oblige .De ce fait tout devient objet de convoitise, cette fonction utilitariste devient une norme.

Pour bien asseoir cette fonction d’utilité, des mots creux défrayent le paysage médiatique ; le concept devient alors un mot flou dénué de toute rationalité et le mot coach est censé supplanter le caractère pertinent de l’analyse psychosociologique. En effet, devant cette secousse de dénégation de la psychologie au profit de l’étalage cosmétique et de la fumisterie ambiante de certaines théories qui n’ont que le nom, étalent leurs idées empreintes de superficialité et de manipulation.

Nous tentons de faire un bref survol sur l’agir communicationnel d’Habermas qui a tenté d’édifier la communication exempte de domination. Le bref survol sur l’utilisation perverse de certains concepts trouve hélas un écho favorable auprès d’une certaine instance médiatique qui brandit cette notion de coaching sous les auspices du charlatanisme modernisé.
Enfin devant le caractère aléatoire de la pratique psychologique, il serait temps de se débarrasser des entorses de l’impensé qui est comblé par la « vacuité des sens » en essayant de promouvoir une réflexion critique capable de questionner et de problématiser l’idée de l’absence qui domine le paysage social
L’abrutissement dans le divertissement libéral affiche l’éclat du paraître qui se trouve dans l’artifice de la vanité. Citons à titre d’exemple le coaching amoureux qui déprime l’énergie de l’altérité.

Pour se démarquer de ce coaching qui a pour fonction de prostituer les rapports humains, il serait utile de féconder la perception amoureuse par l’analyse philosophique et psychanalytique qui permet de bouleverser notre conception qui demeure dans la somnolence psychique.
Aimer disait Levinas « c’est être désarçonné » le philosophe André Compte-Sponville disait :

Même si l’amour reste la grande affaire de nos existences, il faut trouver une autre façon de le penser.

Dans ce cas de figure la conscientisation des rapports humains peut trouver son point de démarcation dans l’aisance psychanalytique qui essaie de décrypter le sens manifeste de l’inconscient et pourrait allier pulsion de vie pulsion de mort. La mise en exergue de cette singularité agissante va nous permettre de paraphraser le psychanalyste Lacan pour dire qu’il n’y aura pas de rapport sexuel.
Autrement dit ce psychanalyste nous fait savoir que dans la sexualité en réalité chacun est en grande partie dans sa propre affaire il expliquera en disant qu’il existe « la médiation du corps de l’autre, mais en fin de compte la jouissance sera toujours votre jouissance. Le sexuel ne conjoint pas »

Partant de l’idée lacanienne que l’amour consiste à donner ce qu’on n’a pas »

Jean Paul Ricœur dira dans Lacan Amour

« la relation d’objet », le « choix d’objet », c’est en effet, en ces années 1950 où Lacan commence son enseignement, dans ce langage que se dit la relation – d’amour – du sujet avec l’autre. On se référait à cette œuvre centrale de Freud, « pour introduire le narcissisme », où l’on pouvait lire :

« L’homme n’a que deux objets primitifs : lui-même est la femme qui s’occupe de lui. »

Ce qui ne lui laisse que quatre types de fixation. Les trois premiers sont tournés vers eux-mêmes. On aime : ce qu’on est soi-même ; ce qu’on a été ; ce qu’on voudrait être. Le quatrième type de choix concerne le choix d’objet extérieur : on aime la personne qui a été une partie de son propre moi – c’est l’amour du type narcissique – ; où on aime la femme qui nourrit et l’homme qui protège – c’est l’amour par étayage (dit aussi anaclitique) mais qui reste en réalité encore une des formes de l’amour narcissique.

Enfin, le bref résume sur la conception de l’amour d’un point de vue philosophique voire psychanalytique devra permettre de questionner les mythes ainsi que les évidences qui ankylosent le sujet dans une forme d’auto aliénation, ce qui caractérise l’imaginaire algérien
La communication amoureuse en Algérie est une salade de mots, la populace décide continuellement de prendre la parole pour ne rien dire au grand dam de son inconscient qui converse “malgré lui”.

Les discours avec ses congénères font écran dans cette joute oratoire, en réduisant le différent à l’identique pour terminer dans la dictature de la “mêmeté”, celle-ci, provoquent le dissentiment et la haine en creusant le fossé et dénigrant l’universalité de la raison qui manifeste la perception du citoyen vrai, l’alter ego comme présent dans le monde.
Ce caractère d’imprévisibilité favorise l’extinction progressive du désir et de la négation de l’altérité en voulant étouffer dans l’œuf ceux qui osent défier l’ordre établi en qualifiant de transgression de la loi du père primitif.

Les bonnes gens qui vivent autour de la populace savent que si la passion existe, elle sera pénétrée de regrets et de remords. Mais pour combler le rire sardonique de ce refoulement moribond , le désir de procréation devient désir exclusif , le couple s’installe confortablement “l’encouplement” et pense la progéniture et l’avare a son argent . Tout se cogite, se sacrifie sur l’autel du désir de la contrainte sociale. Le visage angélique de la “raliance” est dominé par la sanctification de l’abîme. La conception onirique du couple s’éveille sous le joug de la tyrannie patentable puisque le refoulement de l’origine ne saurait estomper le souvenir de l’interdit dans son ensemble. Le raisonnement boiteux de l’autorité parentale constitue le plus grand despotisme et cette forme d’infantilisations entraîne une attitude de mépris quand on qualifie les adultes d’enfants immatures qu’il faut surveiller en permanence encadrer et gérer
Au-delà de la tyrannie du culte du silence imposé, succède une éducation uniformisée voire cléricaliser qui exprime une sorte de trahison à l’encontre des principes dictés et intériorises par la tradition.

Cette forme d’indigence nous rappelle le philosophe Sartre et sa citation :

“au-delà de ce que je suis de par l’hérédité et de ce qu’on a fait de moi par le milieu et l’éducation, il y a ce que je fais avec ce que je suis et ce qu’on a fait de moi”

Alors comment peut-on prétendre aborder la nature du couple dans une structure sociale où liberté est synonyme d’un périple semé d’embûches en raison des contradictions voire des paradoxes que génère cette éducation pathologique.

Devant les coups implacables remplis de musellement de subjectivité, l’individu en proie à l’irrationnelle impétuosité du désir de l’interdit, succède l’aliénation qui ne voit en la femme qu’un objet sexuel quand on doit subir la frustration sexuelle.
Il faudrait dire que la périlleuse gymnastique qui détermine cette intoxication de dépendance est qu’elle représente dans le refus coupé le cordon ombilical.

À cet égard, l’amour tabou se voit fléchir tout en refoulant tout désir sexuel. Devant ce fantasme, la nappe bien lisse de la phallocratie prend le dessus sur la gent féminine et l’amoureux fruste va le culbuter dans son imagination perverse afin de créer à lui seul un Kama Sutra local.