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Les Français sont des champions de la procrastination

Nito (via Shutterstock)

INFO – La journée mondiale de la procrastination a lieu ce dimanche. Les Français – qui procrastinent en moyenne une heure par jour au travail – sont particulièrement concernés par ce fléau qui a été aggravé par les nouvelles technologies.

Écrire un article en temps et en heure sur la procrastination est une tâche cocasse. «Demain je m’y mets» est une phrase que beaucoup de Français prononcent chaque jour, de vive voix ou pour eux-mêmes! Une étude OpinionWay éclairante commandée par l’entreprise JeChange – qui lutte activement contre la procrastination en aidant les Français dans leurs démarches administratives – révèle pour la première fois les chiffres de la procrastination dans notre pays. Résultat: nous sommes de véritables champions. Ainsi, 49% des sondés procrastinent a minima durant une heure chaque jour au travail! Et 22% admettent procrastiner plus de deux heures par jour…

À la maison, la tendance ne baisse pas. Au contraire! Les tâches «reines» que l’on reporte volontiers sont nombreuses. L’étude rapporte que le tri et le rangement sont les occupations qui sont sans cesse reportées au lendemain. Le ménage et les petits travaux ou bricolage sont également très fréquemment citées (à 45% et 38%). Viennent ensuite les activités sportives (36%), les courses (14%), la cuisine (11%), et enfin – plus étonnant – la réservation des vacances! «Les nouvelles technologies ont largement amplifié le phénomène de procrastination, explique au Figaro Gaël Duval, patron de JeChange. Les outils digitaux et les médias sociaux multiplient les possibilités de procrastiner.»

En l’espace de seulement 40 ans, la procrastination aurait ainsi augmenté de 300 à 400 %, selon Diane Ballonad Rolland, qui a écrit l’ouvrage «J’arrête de procrastiner, 21 jours pour arrêter de tout remettre au lendemain», aux éditions Eyrolles. Elle y explique notamment que ce comportement a une réelle influence sur l’estime de soi. Plus on rentre dans ce phénomène, moins on croit en sa capacité à mener à terme un projet, et cela augmente dans le temps.

Thomas Thévenoud, procrastinateur «Made in France»

Tripoter machinalement son smartphone, passer du temps sur les réseaux sociaux, regarder des vidéos… Les occupations des procrastinateurs sont nombreuses. Aussi nombreuses que les excuses des Français pour procrastiner! Ainsi, 64% des sondés par OpinionWay déclarent qu’ils procrastinent une tâche afin de le faire dans les meilleures dispositions… qui peuvent tarder à venir! 46% procrastinent pour réduire leur stress, et 42% pour être plus heureux. Le même nombre retardent une tâche afin d’être plus efficace. Naturellement, procrastiner peut parfois coûter cher! Littéralement. Dans 75% des cas, remettre au lendemain finit par coûter de l’argent…

«Les Français ont un rapport paradoxal à la procrastination: ils retardent leur tâche pour réduire leur stress, mais en même temps, ils savent que ça va finir par les pénaliser puisque 69% sont conscients que ça va leur coûter cher», précise avec malice Gaël Duval. Dans les faits, procrastiner engendre 64% des sondés à agir dans l’urgence, et 40% arrivent en retard à un rendez-vous. Le même chiffre n’a finalement pas pu assister à un événement prévu. L’étude précise encore que 22% des sondés se voient obligés de payer des pénalités pour leur procrastination!

Notons également qu’en France, nous avons une star de la procrastination en la personne de l’ancien secrétaire d’État Thomas Thévenoud. Atteint de «phobie administrative» – appellation qu’il a d’ailleurs fait breveter – ce diplômé de Sciences Po Paris ne déclarait pas ses revenus et ne payait pas d’impôts depuis plusieurs années. Il n’avait pas non plus payé son loyer pendant trois ans. Début avril 2016, le Canard enchaîné a également révélé que Thomas Thévenoud n’a pas payé la cantine de ses filles depuis 2011. Cette phobie adminstrative a précipité son départ du gouvernement. Il a d’ailleurs égalé le record de brièveté comme ministre ou secrétaire d’État de la Cinquième République: neuf jours! «À force de remettre à plus tard, la vie finit par nous dépasser», disait le philosophe Sénèque dès le Ier siècle. Une citation à méditer dès maintenant.

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