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Les réseaux sociaux seraient-ils devenus la nouvelle Agora ? Par Emmanuel Vanpoulle

Par Emmanuel Vanpoulle

Le désintérêt de la politique et de la chose publique est depuis les 30 dernières années une constante de nos démocraties et on peut même s’interroger sur la qualité d’une démocratie à son taux d’abstention.

Si j’osais et j’ose, je dirai même qu’il n’y a plus guère que les dictatures qui font le plein dans les scrutins… les élections dans les républiques bananières réunissant un taux de participations qui interroge. Comment en est-on arrivé à un tel désintérêt sinon à un sentiment, peut être fondé, que le politique ne peut pas forcément réaliser et résoudre les problèmes économiques qui serait devenus un pouvoir plus grand que ce mécanisme technique de représentation politique.

La genèse de la démocratie se fonde sur un registre étrange qu’il existe une façon d’exprimer son avis sur la vie de la cité, oubliant que pour exercer ce droit il faut être libre et qu’il faut donc des esclaves pour exercer les tâches qui ne sont pas en lien avec cette formidable idée de la gestion de la cité ; cette forme est d’ailleurs expérimentée et développée dès le Vème siècle avant Jésus Christ et donne cette démocratie où coexiste esclaves et hommes libres. Imaginez Platon ou Socrate dans nos temps contemporains qui au lieu d’utiliser la rhétorique seraient sur les réseaux sociaux ?

Ils s’adapteraient à la vie de la cité pour un débat d’idées et feraient d’un clavier, un objet d’expression démocratique, mais seraient-ils en démocratie ou dans un état de communication qui consisterait à émettre des idées ou à simplement les transmettre. Ce qui fait la démocratie, c’est le débat et tout comme le lieu, les réseaux sociaux ne sont que les moyens et non la finalité où tout dépend de ce que l’on en fait. Les dernières élections ont mis à mal les vieilles recettes de campagnes rendus obsolètes par le numérique, mais surtout que le débat s’est concentré dans de la communication et un rejet, voir même d’une stratégie de créer un vote utile pour éviter la candidate ou le candidat, comme un moyen de sceller le second tour.

Des causeries auprès du feu de F. D Roosevelt, aux invitations à souper de Valery Giscard d’Estaing chez des français moyens, on tente de faire une chose fondamentale… se rapprocher de ce que nos élus ont perdus : la réalité de la vie quotidienne. Alors pour donner à croire qu’ils écoutent, à défaut d’entendre, ils ouvrent des comptes sur les réseaux sociaux et se prêtent aux jeux des questions en faisant passer ce moment pour de la démocratie alors qu’il ne s’agit là que de faire perdurer un état de campagne électorale. Une sorte de recherche du lien de réalité au travers d’un écran et d’un pseudo débat. Le débat est tellement « ouvert » que l’on découvre très vite que tous n’ont pas droit au chapitre de ce jeu d’ombre et qu’il s’agit surtout de relayer les actions, voir même de les légitimer à défaut de les expliquer.

Tous nos hommes et femmes politiques se prêtent à cette mascarade d’un outil qui pourrait être démocratique mais qui n’est que poudre aux yeux d’un système représentatif à bout de souffle car au final très injuste. Quelle est la représentativité réelle de l’assemblée, en termes de parité homme/femme, de catégories sociales, d’origines religieuses… ?

 

 

Il y a là déjà un déni de démocratie et les réseaux sociaux ne sont pas le lieu de la démocratie mais un moyen de démocratie, comme tout moyen employé à débattre, confronter et discuter. L’agora c’est chacun de nous lorsque nous discutons avec un autre qui n’a pas la même idée que nous et c’est chercher à comprendre l’expression de l’autre dans cette rencontre. Cette expérience est unique et le moyen n’est qu’un moyen et non une fin.

 

 

Nos sociétés modernes ont réussi à faire passer une idée saugrenue que celui qui nous dirige nous autorise à accéder à sa pensée en permettant de l’écouter et de nous faire croire qu’il s’agit d’un débat.

Mais où sont le débat, la contradiction et le brassage d’idée ?

Il s’agit bien d’une tentative de nous donner le sentiment de la démocratie et du débat, mais en vérité il s’agit d’un long monologue où la personne qui s’exprime le fait en maître et non à l’égal de celui qui l’écoute, le mépris en plus !

Alors participez à la démocratie c’est penser par soi-même et débattre au risque de devoir comprendre que l’autre à raison ou que l’on est sur le chemin du bien commun.

Ne nous méprenons pas, tout peut être l’objet de cette vie démocratique mais les réseaux sociaux ne sont qu’une de ses expressions.

Alors réfléchissez, réfléchissons et considérons que notre vie de citoyen doit être conduite par deux postulats : acteurs ou spectateurs. Les réseaux sociaux ne sont rien sans vous et ne sont qu’un jeu d’ombre de la démocratie, mais pas la démocratie. Si vous la déléguez trop, elle vous sera confisquée et exercée par d’autres en votre nom, mais pas pour le plus grand nombre.

Emmanuel VanPoulle