Plus haut plus vrai

L’Italie ou le miroir de la France.

Rome, le mouvement 5 étoiles. 

On dit souvent que : « L’Italie est la France en plus ingérable. »

Ce qui fonde la force de la France, c’est son modèle républicain et cette force d’avoir concentrée en une idée puissante. L’Etat est une organisation d’une société nationale issue de l’ancien régime. L’Italie a depuis la fin de la seconde guerre mondiale eu les mêmes maux que la France, mais là où un Charles de Gaulle quittait l’instabilité d’une IVème république des partis, l’Italie elle, restait dans un système de gouvernement qui couronnait « l’Etat faible » qu’il avait toujours été depuis l’avènement de la république en 1947.

Le morcellement du pays entre le nord, riche et pro-monarchiste attaché à la maison de Savoie et le sud, pro-républicain et rural, continuait d’accentuer cette division, jusque dans les partis. La faiblesse de l’Etat, sa faible tradition démocratique, les dictatures et les affaires ne pouvaient engendrer que la montée des populismes et l’ère Berlusconi. Première interstice dans le délitement après les affaires de corruptions de la démocratie chrétienne et du parti socialiste italien et de l’effondrement du PCI, Berlusconi émergeait avec le libéralisme et la volonté de trouver un leader.

Tous les éléments étaient réunis pour l’accession d’un nouveau mode de politique : le populisme affairiste. Tout était construit autour d’un homme pour engendrer conflits d’intérêts et affaires.

Cette page ajoutée à une crise économique jamais vue depuis 1929 et nous avions là un sursaut dans un gouvernement technique, froid et technocratique à l’image de Mario Monti. Des réformes applaudis par l’Europe avec une brutalité qui rappelle les réformes françaises. Des mesures techniques portées par un gouvernement d’experts, froid et déterminé et certains du bienfait des potions qu’il administrait.

Résultat : le rejet de la politique et du personnel politique.

Cela ne vous rappelle-t-il pas un processus que vous connaissez ? La France ? Peut-être bien ! Et cette dernière malgré sa force et son sentiment de supériorité issue des lumières et de son expérience démocratique semble sujette aux mêmes maux. Cette crise politique est l’effet des affaires et de la défiance à l’égard de la classe politique. Mais l’Italie contrairement à la France continue à avoir une mobilisation dans les scrutins.

L’électeur français s’est maintenant rendu à voter non plus pour mais contre et il ne s’agit plus de savoir ce que l’on a dire mais qui sera au second tour contre Marine Lepen. De tout ça émerge le dernier sursaut avant l’inconnu ou pire, le plus improbable, Mateo Renzi, qui donne un espoir fou et le sentiment qu’une nouvelle classe politique, plus jeune et plus moderne.
Il bouleverse le paysage politique et donne à penser que le pire est derrière.

Il propose, innove et semble révolutionner le paysage politique comme Emmanuel Macron. A une chose prête, il est issu du suffrage et a une histoire qu’Emmanuel Macron n’a pas au final. Le populisme aura eu raison de ce gouvernement, car on ne réforme pas sans expliquer et surtout pas avec des certitudes de classes dirigeantes ?
Résultat : les extrêmes qui se repoussaient et qui jouaient contre le fameux système, devenu leur fonds de commerce auront réussi un tour de force inimaginable : une union !

Certes on ne peut pas forcément considérer le parti populiste 5 Etoiles  comme un parti à l’image des insoumis ! Le rapport est moins socialiste et beaucoup moins gauchiste, il serait d’avantage social, humanistes mais de façon transversale. En revanche la ligue du nord à elle tous les accents nationalistes et néo fascistes et elle adhère aux mouvements nationalistes européens et va jusqu’à avoir comme modèle le front national. L’idée d’une sortie de l’Europe, va certainement tendre vers un nouveau concept où l’on parlera de souveraineté et de frontières, loin d’une construction qui nécessiterait peut-être, de redéfinir les contours d’une Europe à dix. Cette dérive de la politique par des « affairistes » aura permis de former le plus incongru des aéropage politique et d’une alliance improbable.

La dérive des partis, des affaires et du délitement de la classe politique avec son électorat, est en grande partie responsable de cette situation. A cela une crise économique et nous avons un chaudron qui par le passé se serait transformé en révolution et aurait renversé les régimes et qui là, se transforme en une insidieuse formule de rejet. Le vote contre et non pour.

La situation française est basée sur cette logique de vote contre et non pour. La formule de la Vème République et de son scrutin majoritaire à deux tours aura eu raison de la formule « au premier tour on choisit, au second on élimine ! »

Aujourd’hui on se positionne non par des idées mais pour se retrouver au second tour face à l’extrême droite à la suite de petits calculs. Mais à force de jouer avec le feu on se brûle. De l’alliance italienne, dans un rapprochement surréaliste, on en arrive à un second tour où le choix se fait entre les deux que l’on ne voulait pas.

 

Le candidat Macron, qui avait parié sur un duel avec Marine Lepen, s’est rendu compte de la remontée de Jean-luc Mélenchon. Ceci expliquant ses attaques en fin de campagne de premier tour, car il avait compris que le risque était réel.

Alors d’une alliance à l’italienne, il n’en n’est certainement pas possible en France, mais une alliance contre un homme pour se mesurer dans un duel final de second tour, tout est possible et certainement réalisable. Ainsi projetons-nous au sortir de ce quinquennat, avec une rancune telle que les forces sociales et politiques seraient autant de risques de voir les deux extrêmes s’affronter, que se passerait-il ?

Voterait-on Mélenchon en pensant que c’est le moins terrible ou Marine Lepen en pariant sur un troisième tour social ?

En tout état de cause, tout ceci serait dévastateur et trouverions-nous un de ces personnages politiques, qui au travers de l’Histoire de France ont su émerger pour éviter le chaos et les dictatures longues et honteuse que l’Italie a pu connaître ? Personne ne se dessine comme une alternative. Comme aux USA, face à Trump, il s’agirait moins de trouver une opposition qu’une alternative ! Le Président Macron reste un OPNI (Objet Politique Non Identifié) il n’est ni de droite ni de gauche, mais dans les faits il insatisfait tout le monde. Il n’est pas centriste, il est néolibéral et techno lyrique.

Alors croire que l’on peut mener une politique sans explication en méprisant les partenaires sociaux dans le sens du vote contre l’extrême droite, c’est assurément le moyen le plus radicale d’arriver à une situation à l’italienne, c’est-à-dire improbable.

 

Emmanuel Vanpool.