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Mariage entre amour et contrat. – Zahour EL GALTA.

Par Zahour EL GALTA

Zahour EL GALTA: Mariage entre amour et contrat
Zahour EL GALTA: PSYCHOLOGUE Parentalité, Adolescence, Victimologie, Criminologie, Autisme, DI, HPI, Thérapie, Coaching CHRONIQUEUSE MDM Post, France Bleu Gard Lozére

« Le mariage est un contrat social souvent incompatible avec le grand Amour » – Tahar Ben Jelloun.

Tahar Ben Jelloun nous rappelle que le mariage est un mode d’organisation de la conjugalité qui implique une dimension juridique et/ou religieuse. Le mariage est l’acte qui fournit un cadre social et légal au développement de la famille.

Mais quelle place est alors laissée à l’amour ? L’amour ne serait donc pas l’émotion, le sentiment au cœur de cet acte engageant qu’est le mariage ?

Il semblerait que non. Le mariage est avant tout un cadre juridique qui vient protéger les intérêts de chacun, notamment ceux de la future mère car étymologiquement « mariage » renvoie au système juridique par lequel une fille s’apprête à devenir femme et mère par son union avec un homme. À l’origine le mariage était souvent arrangé entre les familles, constituant une alliance pour consolider l’équilibre social des deux familles. Peu de place était laissée à la volonté et aux sentiments des partenaires, pourtant acteurs principaux de cet acte. On parle donc de mariage de raison.

Au 17ème siècle, en Europe du moins, l’église, en questionnant le consentement mutuel des mariés, va venir ouvrir un espace pour la dimension émotionnelle dans le mariage. Les mariés sont-ils d’accord ? Ont-ils le désir de s’épouser ? Ont-ils un attrait l’un pour l’autre ? On bascule progressivement vers la notion de « mariage d’amour » durant la fin du 19ème siècle.

Mais qu’est-ce que l’amour ? Comment peut-on comprendre ce sentiment complexe ? Est-il compatible avec le mariage ? 

Sternberg, psychologue américain, propose un modèle intéressant pour lire cette émotion complexe. Selon lui, l’amour serait l’équilibre parfait entre trois éléments :

  • l’engagement
  • L’intimité
  • La passion

On retrouve les deux premiers éléments dans la situation du mariage. Qu’en est-il du troisième ? À savoir la passion.

La passion renvoie à la notion de passivité et également à celle du feu qui consume.

« Seigneur, vous plait-il d’entendre un beau conte d’amour et de mort » Tristan et Iseult. Dans la passion amoureuse, l’amour est intrinsèquement lié à la mort. La passion exprime une souffrance profonde qui ne peut-être que fatale. Quelquefois physique, elle est souvent provoquée par l’amour. Spinoza y voit les formes passives et douloureuses du désir désignés comme de « délicieuses catastrophes » qui font désirer souffrir davantage. Quand on évoque le mariage d’amour, beaucoup pensent à la passion.

L’amour n’est pourtant pas la passion. La passion va venir marquer les débuts de la relation. Cet état fusionnel, enivrant où on a l’illusion de ne faire qu’un avec l’autre, de n’être qu’un.  Cependant cet état amoureux intensément excessif ne peut perdurer dans le temps. D’ailleurs les histoires d’amour passionnel se clôturent souvent par la mort, celle des amoureux en question ou celle du couple par la rupture conjugale. La passion se saurait supporter la stabilité et l’équilibre que présuppose la viabilité du couple. La passion vit de souffrance, de ruptures et de retrouvailles, à moins de ne rencontrer sa propre rupture : la mort.

La passion se caractérise donc par le lien impossible, elle ne connaît que l’instant. Elle est donc fondamentalement en contradiction avec l’idée du mariage qui lie deux êtres (et/ou leurs familles) et qui s’inscrit dans le temps.

Il n’existe pas vraiment de mariage d’amour au sens de l’amour passion. Cela tient à la nature même du mariage qui est un contrat social, ce n’est qu’un contrat social. Co-signer un contrat nécessite une rationalisation de la relation, une projection de celle-ci, ce qui de fait l’inscrit dans une temporalité. Même les personnes qui pensent faire un mariage dit « d’amour » font au final un mariage de raison, un mariage arrangé de façon consciente ou inconsciente. Il y a toujours de bonnes raisons pour se marier, la plus accessible et banale serait l’ambition de vivre mieux à deux qu’en solitaire.

On peut se marier sans amour mais on ne peut s’aimer sans s’engager. L’amour sans engagement se réduit finalement à un désir passionnel qui tue à petit feu.

L’engagement ouvre un espace à la raison, une raison qui va tempérer la passion et permettre au compromis d’exister. Qu’est-ce que la conjugalité si ce n’est la capacité à faire des compromis, à conjuguer son désir à celui ou celle que l’on aime ? L’acte conjugal, l’acte conjugué sera le terreau fertile pour la poussée d’un nouveau sentiment, celui de l’attachement. Il s’agit du sentiment d’amour dans sa forme plus élaborée, une émotion qui ne souffre pas de l’amplitude de la passion, une émotion plus équilibrée et plus fiable. Plus solide aussi car elle fait lien au lieu de faire ruptures et cassures.

Là où la passion est marquée par le sceau de l’arrachement, le mariage l’est par celui de l’attachement.

Zahour EL GALTA. Psychologue clinicienne-thérapeute conjugale.