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Vous n’arrivez pas à jeter ? Arrêtez les excuses, en voici les vraies raisons

MAUVAISE FOI – « Nous sommes prêts à envisager toutes les excuses possibles pour garder nos objets », explique Guillemette Faure dans « Ça peut toujours servir », sorti en avril 2018. Incapacité à prendre la décision de jeter, impression de ne pas gaspiller, attachement à celui qui a offert… les véritables raisons ne sont pas toujours celles qu’on avance.

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Au cas où, vous conservez cette paire de chaussures qui font atrocement mal aux pieds, vous accumulez des dizaines de sauces soja des menus à emporter du restaurant japonais ou encore vous stockez d’innombrables boutons de rechange. Quitte à faire déborder vos rangements. Si bien que le secteur des storages (garde-meubles) connait une croissance de 15% par an depuis quatre ans.

Pourquoi avons-nous du mal à jeter ? Parce que nous sommes persuadés que Ça peut toujours servir, explique Guillemette Faure dans un essai portant ce titre et édité chez Stock en avril 2018. Cette journaliste spécialiste de l’observation des tocs décrit ce mécanisme absurde qui veut qu’on ait un mal fou à se débarrasser des objets accumulés alors qu’on ne les utilisera sans doute jamais.

Se référant non seulement aux travaux de chercheurs mais aussi aux expériences relatées par les professionnels du rangement intervenant chez les particuliers, l’auteure énumère les ressorts psychologiques de cette difficulté à évacuer le superflu. Il s’agit bien souvent de se rassurer face à l’adversité. Ajoutez à cela le poids de l’éducation et un certain manque de lucidité et vous aurez une idée de ce qui peut vous pousser à conserver quantité d’affaires. Car on ne sait jamais.

Voici quelques unes des (vraies) raisons à l’origine de ces accumulations.

De l’aveuglement

• Se persuader que c’est utile pour ne pas avoir à prendre de décision

Ceux qui gardent sont convaincus que l’objet a une utilité. Mais bien souvent notre bazar a un sens…  qui échappe à tout le monde sauf nous. « Le nôtre serait fait d’objets en devenir, celui des autres de poubelles en attente », explique Guillemette Faure. Les hoarders (accumulateurs compulsifs) conservent car ils sont incapables de prendre la décision de jeter. « A moindre échelle, l’analyse vaut pour nous aussi. Nous gardons pour ne pas avoir à choisir. »

• Continuer sur sa (mauvaise) lancée pour ne pas avoir à admettre ses erreurs

Garder un vêtement trop grand ou trop petit dans l’hypothèse qu’on maigrisse ou grossisse, cela est compréhensible. Conserver des chaussures trop petites n’a en revanche aucun sens. Mais les jeter après des années de stockage inutile, ce serait le reconnaître. Et on a du mal à admettre qu’on a dépensé inutilement.

De la crédulité

• Faire un mauvais calcul comme les joueurs de loto

Statistiquement, il n’est pas impossible qu’un objet dont on ne se sert pas aujourd’hui serve un jour. Pour une vis qu’on a bien fait de garder il y a quinze ans, dix boîtes qu’on aurait pu jeter. « Comme le joueur de loto, les yeux rivés sur le gain potentiel, oublie qu’il a dépensé en tickets perdants, nous ignorons délibérément combien nous coûte de tout conserver », observe l’auteure.

Alors années après années, on entasse pour un petit triomphe de temps en temps quand on exhume quelque chose qui s’avère utile mais qui ne vaudra de toute façon jamais le jackpot. « Quand il prend la décision de garder ou jeter quelque chose, un hoarder se concentre sur son utilité ou sur le coût que représenterait le fait de ne pas l’avoir. Il pense peu au coût de garder les choses ou au bénéfice de s’en séparer », écrivent les docteurs Gail Steketee et Randy Frost, pionniers dans l’étude du hoarding dans Stuff. Compulsive Hoarding and the Meaning of Things, cités par Guillemette Faure. Un coût qui peut représenter, dans un exemple vécu par cette dernière, 7 euros par mois pour un seul appareil à fondue stocké dans un appartement, si on rapporte la surface occupée au montant  du loyer.

• Croire, en vain, qu’on va remettre en état

On se dit qu’on va réparer alors que ce n’est pas parce qu' »il suffirait de » qu’on va le faire. Ajouter à cette veste un bouton qui a sauté, recoudre une bretelle arrachée à ce haut de maillot de bain, repeindre cette chaise à la peinture toute écaillée… On ne le fait pas mais on y croit quand même.

De l’affect

• Conserver pour ne pas vexer ceux qui ont offert

Quand c’est un cadeau qui nous encombre c’est d’autant plus compliqué que l’éducation vient s’en mêler. « Dès l’enfance, les parents apprennent à leurs enfants à accepter n’importe quel cadeau : ‘Je l’ai déjà !’ ou ‘Je n’en veux pas !’ sont des remarques que nous interdisons aux enfants lorsqu’ils reçoivent des cadeaux », relève l’essayiste citant l’anthropologue spécialiste du don Edouard Grésy.

Que dire alors de la revente des cadeaux de Noël de plus en plus fréquente ? La pratique concerne surtout les présents offerts par des personnes avec lesquelles nous n’avons pas de lien de proximité. Si celui qui offre est un proche, on saute moins facilement le pas.

• Ne pas oser jeter pour ne pas endosser cette responsabilité 

De même, nous n’osons pas jeter car nous ne voulons pas être responsable de la disparition d’un objet qui pourrait servir un jour ou auquel l’un des membres de la famille serait attaché. Ainsi les stylos ou les briquets en fin de vie se retrouvent dans le pot à crayon ou le vide-poche plutôt qu’à la poubelle.