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Pourquoi offre-t-on du muguet le 1er mai ?

Le 1er Mai, Journée internationale de solidarité des travailleurs, est aussi la « fête du muguet ». Chaque année, la tradition veut que l’on offre des petits brins de cette fleur à des proches, achetés chez un fleuriste ou à l’un des nombreux stands qui occupent la voie publique spécialement pour l’occasion (une pratique tolérée, à condition de respecter certaines règles). Mais d’où vient cette coutume ?

Des racines qui remontent à l’antiquité

L’histoire de cette habitude remonte loin. Dans la Rome antique, déjà, on célébrait la floraison autour de la fin du mois d’avril et du début du mois de mai. Les Celtes avaient une fête comparable, Beltaine, qui marquait le passage de la saison sombre à la saison claire.

Plusieurs anecdotes historiques font remonter la tradition à l’époque de Charles IX. En 1560, roi se serait vu offrir un brin de muguet lors d’une visite dans le Dauphiné le 1er mai. Il aurait tellement apprécié qu’il aurait décidé de reprendre cette idée pour offrir, chaque printemps, un brin de muguet aux dames de la Cour. Bien que difficilement vérifiable, cet épisode est souvent rapporté dans des récits autour de Charles IX, comme le roman Charly 9, de Jean Teulé, paru en 2011.

A la révolution, le muguet est lié non pas au 1er mai, mais au « jour républicain » du 7 Floréal (le 26 avril) dans le calendrier de Fabre d’Eglantine. Tandis que c’est l’églantine rouge qui est associée au 1er mai. Ce sera pendant longtemps cette dernière qui sera associée aux travailleurs.

A la première « Journée internationale des travailleurs » en 1890, les manifestants arborent un triangle rouge, rapidement remplacé par l’églantine rouge. Un hommage à Fabre d’Eglantine, mais pas seulement. La fleur est très cultivée dans le nord de la France, où se déroulent d’importants rassemblements ouvriers. L’un deux, le 1er mai 1891 à Fourmies, est violemment réprimé, faisant 9 morts et 35 blessés parmi les manifestants. L’églantine rouge symbolise aussi ce sang versé.

Un retour du muguet à la fin du XIXe siècle

Le muguet est quant à lui revenu en grâce progressivement à partir de la fin des années 1800. Le chansonnier Félix Mayol en aurait reçu un de son amie parisienne Jenny Cook en 1895 et l’aurait arboré au revers de sa veste lors de sa première sur scène au Concert parisien. Cette prestation ayant été un succès, il conserve son brin de muguet, ce qui aurait contribué à relancer la coutume, comme le raconte l’intéressé dans ses mémoires.

Les grands couturiers français ont eux aussi contribué à ce retour en grâce à la même époque en offrant des brins de muguet à leurs employées et à leurs clientes. Christian Dior fait d’ailleurs de la fleur l’emblème de sa griffe.

Mais ce n’est qu’en 1941, sous le maréchal Pétain, que le muguet est officiellement associé à la « fête du travail et de la concorde sociale » instaurée par le chef du régime de Vichy. Ce dernier préfère en effet la fleur blanche à l’églantine rouge, cette dernière étant trop associée à la gauche et au communisme à son goût.

Comme l’appellation « fête du travail », la tradition qui associe le muguet au 1er mai tire donc en partie ses racines du régime de Vichy.

Source : lemonde.fr