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Quand l’école fait mal.- Par Ouiem Maghrebi.

Par Ouiem Maghrebi.

C’est la rentrée et pourtant votre jeune enfant traîne des pieds et apparaît démotivé. Il n’a prit aucun plaisir durant l’achat de ses fournitures scolaires, a détesté évoquer le sujet de l’école durant les vacances et appréhende de devoir se séparer de vous.
A l’approche du moment fatidique ou il devra franchir le seuil de l’établissement, et cela sans raison apparente, il se met à dormir de moins en moins bien, présente une perte d’appétit, n’a plus goût a rien. Il se crispe de plus en plus, se met en colère ou fait des crises de larmes sans raison, bref il est submergé par l’angoisse !
Il souffre de douleurs abdominales soudaines, sans étiologie somatiques, à des nausées, des vomissements, des sueurs froides, le cœur qui bat de plus en vite ou des migraines…
Au fil de l’année scolaire votre ado, quant à lui, multiplie les absences, refuse de se lever le matin après maintes nuits blanches, menace de fuguer, voire de se suicider. Il renonce progressivement aux activités qui habituellement lui faisaient plaisir, arrête le sport, ne voit plus ses copains et s’isole de plus en plus dans sa chambre.

Il finit par refuser totalement de se rendre dans son établissement ou fait en sorte de s’en faire renvoyer en arrivant volontairement en retard. Il passera au début ses journées en permanence, à l’infirmerie ou provoquera des bagarres pour passer de bureaux en bureaux.
Et pourtant, comme une personne qui souffre de « burnout » et qui s’éloigne de son lieu de travail, les week-ends ou les vacances scolaires, votre enfant ou votre ado retrouve le sourire et va mieux, il n’est plus malade et se comporte de nouveau de façon très habituelle !

Dans les deux cas, en tant que parents vous avez déjà tout tenté, de l’amadouement aux punitions, du dialogue aux menaces. Rien n’y fait, vous pressentez bien qu’il ne s’agit pas d’un caprice passager mais bien d’un comportement qui témoigne d’une véritable souffrance psychique qui perturbe l’ensemble de l’équilibre familial.
En tant que parent, il n’est pas simple de comprendre son mal être, mais il n’y a aucun doute, si votre enfant ou votre adolescent refuse d’aller en cour sans raison valable, il souffre de ce que l’on appel communément une « phobie scolaire » comme 1 à 5% des 12-19 ans qu’ils soient bons élèves ou non.

Quand beaucoup d’enfants peuvent occasionnellement avoir une certaine inquiétude d’aller à l’école, une fois celle-ci verbalisée et après avoir été rassurés, elle disparaît sans qu’il y ait lieu de s’en alarmer plus que cela.
Je fais moi même le triste constat, chaque année, que de plus en plus de parents accompagnés de leurs enfants consultent pour ce motif. Et pourtant les jeunes que je vois en consultation ne refusent pas d’aller à l’école, ils n’arrivent juste pas à y aller, et ce n’est pas du tout la même chose ! Il est donc indispensable pour les adultes d’arriver à bien distinguer le « je ne veux pas » du « je ne peux pas ».
En effet le refus relève de la réflexion et de la volonté tandis que la peur est irrationnelle et ses causes sont inconscientes. Cela signifie qu’elle échappe à notre conscience et donc à notre raisonnement ou notre motivation.

Même si l’enfant sait que sa peur est irrationnelle et excessive, il ne parvient pas à la maîtriser et la dominer. Il s’avère donc, selon moi et comme beaucoup d’autres psychologues, plus judicieux de dire que ce sont des « enfants malades de l’école ! »
Tout d’abord parce que l’appellation ne correspond pas réellement à la réalité. Il ne s’agit pas vraiment d’une phobie *. C’est un abus de langage, il s’agit plus d’un mal être généralisé s’exprimant par une angoisse importante et des sentiments de peur. Ensuite même si le mal être de l’enfant ou de l’adolescent est lié à l’école en tant qu’espace ou cadre et que son angoisse s’y déclenche de façon privilégiée, il est rare que ce soit la véritable cause de sa souffrance.
Bien que son mal être s’exprime en situation de scolarité, la douleur vient d’au-delà.
Il est difficile de trouver la frontière entre les causes profondes relevant des mécanismes psychiques et les facteurs liés à l’école favorisant ou amplifiant l’expression de ce trouble. De plus il y a autant de causes que d’enfants avec leur histoire personnelle, leur traumatisme et leur état psychique.

Une peur ancienne de la mort et de la séparation, une précarité affective, des situations de harcèlement ordinaire ou de cyber harcèlement, la peur des pairs, des enseignants et de leur jugement ou la peur de l’échec, la pression des parents ou l’injonction de devoir se fixer sur une orientation professionnelle, devoir se mesurer aux autres, une douance* ou des troubles « instrumentaux » (dyslexie, dyspraxie par exemple) sont autant de causes possibles à l’émergence d’une angoisse.

C’est devant ces situations plurielles et l’absence de reconnaissance de ce trouble par l’Education Nationale et donc les équipes enseignantes directement en contact avec ces jeunes, que je ne peux que déplorer un temps trop long entre le début des symptômes et leur prise en charge psychologique adéquate. L’errance diagnostique est sans doute du également à la « banalisation » générale de leur mal être.
Pour ce faire et afin d’éviter d’être dépassé par la situation de devoir limiter son temps en dehors de la maison pour rester avec lui ou de s’inquiéter, il ne faut pas hésiter d’abord à en parler, à multiplier les interlocuteurs : l’équipe enseignante ou éducative de l’établissement de votre enfant, au médecin scolaire et à vos proches mais aussi très vite à vous orienter vers un pédopsychiatre, un psychologue en libérale ou vers les structures proches de chez vous* afin d’avoir un regard plus neutre et apaisant de la situation tant qu’à le faire pour rien ! Et si malgré tout votre enfant ne va pas mieux, la dernière issue reste l’hospitalisation. Fort heureusement, tous les ‘‘enfants malades de l’école’’ ne nécessitent pas une prise en charge aussi lourde et évoluent plutôt bien. D’autant plus s’ils ont été pris en charge suffisamment tôt et qu’ils n’ont pas été déscolarisés.

Finalement quelle que soit l’intensité de sa peur, et l’âge de votre enfant, l’amour, la bienveillance, l’écoute et le soutien restent les meilleures attitudes que les parents puissent adopter.

ANNEXE
* Une phobie se définit comme une crainte persistante envers un objet (araignées, chats…) ou une situation spécifique (espaces ouverts ou clos, hauteur, foule…) n’ayant pas un caractère dangereux mais dont la confrontation provoque une réaction d’angoisse intense appelée « attaque de panique » Dans « la phobie scolaire » il peut aussi y avoir cette composante (par exemple devant l’entrée de l’école), mais cela ne se limite pas à cela.
La phobie est une « stratégie psychique » c’est-à-dire un moyen que trouve notre esprit pour gérer une angoisse en la ‘‘projetant’’ sur un ‘‘objet’’ extérieur et la rendant ainsi plus gérable et supportable pour l’esprit. L’angoisse ne se manifestera alors qu’en présence de l’objet (dit phobogène) ou face à la situation critique. Pour tenir et éviter la montée de l’angoisse, l’enfant aura recours à des conduites dites « contraphobiques » regroupant des « conduites d’évitement » (faire un long détour pour ne pas passer devant un endroit ou on sait croiser des chats ou des chiens par exemple, refuser de sortir de chez soi, etc.) et des « conduites de réassurance » afin de faire baisser l’angoisse et consistant à être accompagné d’une personne proche, d’un animal ou même d’un objet (collier, photo) ou par des attitudes comme psalmodier, invoquer etc.
Douance* précocité intellectuelle s’exprimant par de hautes capacités cognitives.

Structures * :
• * Point Accueil Ecoute Jeunes (PAEJ)
• le Centre médico-psychologique (CMP) de votre ville, les consultations d’informations et les prises en charge y sont gratuites. Ainsi que le Centre médico-psycho-pédagogique (CMPP)
• la Maison des Adolescents
REFERENCES
• Béatrice Copper-Royer « Peur du loup, peur de tout »
• Marie France Le Heuzey « Phobie scolaire : Comment aider les enfants et adolescents en mal d’école »
• JP Boulenger « de l’anxiété normale aux troubles anxieux »
• Anne-Marie Rocco/Justine Touchard, « Le jour où je n’ai pas pu aller au collège »,
Site de l’association PHOBIE SCOLAIRE : http://www.phobiescolaire.org/
• Site association Afpssu : http://www.afpssu.com/lassociation/