Plus haut plus vrai

La radicalisation religieuse ou le malaise d’une société

Par Emmanuel Vanpoulle

Les deux réunions mettent en avant la prévention contre la radicalisation. Illustration Gaël Hérissé

Et si la radicalisation présumée musulmane n’était en fait que la fracture d’une société n’arrivant plus à assimiler et à intégrer les acteurs économiques, dont elle avait su recourir durant la période des 30 glorieuses ?

Pourquoi ce mot de radical ne comporte pas le même aspect lorsqu’il s’agit du parti radical ou du parti radical de gauche ? Comment en est-on arrivé à ce phénomène « pavlovien », d’accoler au terme musulman cet adjectif de radical ? D’ailleurs, ces personnes dites radicalisées représentent en réalité qui ? Une communauté dans la république ? Et qui au sein de ses rangs auraient des radicalités menant au djihâd ? Alors revenons sur la définition et sur le fait qu’il s’agit à n’en pas douter d’une méconnaissance et au final d’une manipulation !

Le djihad est « l’effort sur soi-même que tout musulman doit accomplir contre ses passions. (Il est considéré par le prophète Muhammad comme le « djihad majeur ») et/ou le combat pour défendre le domaine de l’islam. (Il est qualifié de « djihad mineur ».)

Comment peut-on être un individu radicalisé aux termes de cette définition, sauf à être inculte et revendiquer une chose que l’on ne connait pas, pour d’autres raisons, que la société a peut-être elle-même crée.

La société française aux origines chrétiennes, a su et du assimiler la notion de laïcité, qui était au début tournée vers les catholiques dans une lutte pour la construction de la république. Jamais on n’a parlé de radicalisme catholique ! Peut-être d’intégrisme, mais là encore ne s’agissait-il en fait que de groupes au sein de l’Église, qui revendiquaient une lecture rigoriste et souvent déconnectés d’une société déchristianisée, laissant la part belle aux montées des mouvements sectaires.

La population française est actuellement une société plurielle au sens que toutes les religions ou croyances sont libres de s’exprimer. Là encore, la stigmatisation a fait son œuvre en traitant différemment la communauté musulmane et en l’assimilant à une religion de migration. Nous avons manqué le tournant de cette assimilation et fait la même chose avec les populations qui avaient apportées avec elles cette foi en un « Dieu unique« .

1955 : immigrés algériens au café de la rue Maître Albert © CNHI

On a cantonné dans des banlieues les parents qui avaient concourus aux « 30 glorieuses » et qui étaient voués à la relégation par la même économie qui les avaient fait venir, à cela près, que leurs enfants étaient français de papiers mais étrangers par leur couleur de peau et/ou de religion.

La crise économique ajoutée à cela, nous avions un chaudron bouillonnant de personnes vouées à ne jamais bénéficier de l’ascenseur social que cette république brandissait comme un modèle de construction, mais qui n’était plus qu’un pan du passé.

 

 

Ce long processus de désociabilisation, allié aux conflits du Proche et Moyen-Orient où, sociétés riches et sociétés en voie de développement s’affrontaient, déteint sur ces populations qui n’étaient pas française en France et étrangère dans leur pays.

Dans les quartiers, par manque de service public et par l’abandon des politiques, qui en avaient fait leur fonds de commerce (pour la gauche une certaine idée de l’accueil et pour la droite une certaine défense de la France), la République fut abandonnée et ces quartiers ghettoïs. Des ghettos de populations paupérisées et d’origines étrangères, mais surtout français pour les générations nées sur le sol national mais déconsidérées.

Il n’en fallait pas moins pour que certains fassent croire que l’expression de leur situation et surtout de leurs actions étaient liées à Dieu et à une religion, que cette religion pouvait être cette expression. Mais là encore, le manque de connaissance fit naître la dérive au nom de la religion, alors que cette dernière ne prônait rien d’autre que la prière.

Un phénomène de replis et surtout de rejet social repris par des personnes se réclamant de l’islam, mais qui en vérité n’étaient que de petits délinquants se trouvant une raison de maquiller leurs pêchers en bafouant l’Homme et Dieu.

D’ailleurs le premier kamikaze, venait à peine de se convertir à l’Islam. Kévin Chassin, alias Abou Maryam al-Firansi, s’est fait exploser dans une opération kamikaze en Irak. Ce jeune Toulousain, converti à l’islam le plus radical, avait rejoint la secte islamiste de l’EI en mai 2013. Il avait été embrigadé par un phénomène sectaire et se revendiquait musulman alors qu’il n’était qu’un paumé habité par le mal.

Alors comment agir pour que cette radicalisation qualifiée injustement d’islamique, ne se déroule pas dans une société où l’économie l’a emportée sur la morale et toute autre notion de bien, de bonté et de dons.

De la radicalisation sociale à la radicalisation religieuse, il y a eu qu’un pas qui fut franchi allègrement, pour la qualifier ainsi au regard de la laïcité alors qu’il s’agissait d’avantage d’un phénomène sectaire plus que religieux. Une dérive à la dérive, d’une société axée sur la seule réussite matérielle où l’exclusion sociale se traduisait par un repli dit identitaire, alors que le repli était social.

Les commentaires politiques concernant une communauté religieuse, première victime de cette barbarie sans Dieu, se focalisaient sur les lieux de cultes alors que les « radicalisés » se retranchaient dans la Taqîya, ou présumée comme telle, puisqu’ils se croyaient persécutés alors qu’ils vivaient dans un État qui prônait paradoxalement la laïcité et donc leur droit de culte.

La Taqîya, ou le concept coranique, qui permet aux musulmans radicaux de dissimuler leurs véritables croyances finissaient de jeter l’opprobre sur une communauté désignée comme bourreau et à la fois victime, mais pire, celle de victimisation secondaire!

La radicalisation amène l’expertise d’une nécessite de « déradicaliser » alors que la première étape eut été de ne jamais en arriver à cette solution totalement inepte. S’agit-il d’un comportement politique ? D’un comportement psychologique en lien avec une addiction criminelle ? Ou une pathologie mentale amenant à l’incapacité pénale ? Les experts trancheront.

Il s’agit en tout cas d’une idéologie sectaire qui se nourrit des failles de notre société car ceux qui ont basculé connaissent tout de nos codes sociétaux et pour cause… ils en sont issus. C’est donc l’échec d’une intégration de français issue de l’émigration que nous n’avons pas su intégrer mais pas seulement au vue des profils de ceux qui se sont convertis. Parler de déradicalisation, serait admettre que nous avons failli à nous occuper de tous, au lieu de stigmatiser une catégorie qui s’est retranchée dans le pire… le sectarisme d’un mouvement appelé Daesh.

 

L’occident a joué avec le feu en finançant des mouvements durant la guerre froide, qui au moment de la chute du bloc soviétique se sont transformée en groupuscules issus d’état, qui maintenant, veulent devenir des États.

De guerre conventionnel d’État à État, nous avons armé des groupuscules pour générer un conflit asymétrique, qui pour certains est leur guerre d’Espagne. Alors l’Etat au lieu de commenter sur le fait de ne pas les voir revenir, devrait prendre la mesure du sujet et éviter la prochaine crise en reprenant la main et en n’abandonnant pas ceux qui peuvent encore être empêchés d’être endoctrinés par cette idéologie… sans Dieu au final.

Emmanuel Vanpoulle.