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Réforme des institutions : Macron n’exclut pas un référendum

Le président du Sénat, Gérard Larcher, est opposé à la réforme institutionnelle.AFP/Ian Langsdon

Un référendum ? Emmanuel Macron serait prêt à prendre le risque. L’opposition, à gauche comme à droite, y est prête.

Tu me cherches ? Tu me trouves ! Voilà, en substance, le message adressé depuis des semaines par Emmanuel Macron au président du Sénat, Gérard Larcher. Cela a été dit et redit : si la Haute Assemblée venait à bloquer l’adoption de la réforme institutionnelle, le président de la République n’aurait pas peur de recourir au peuple. Bien au contraire. « Il a des armes constitutionnelles. Il ne va pas y renoncer », résume un proche du chef de l’Etat. Façon de montrer les muscles, et de fourbir ses armes. Au risque de se retrouver pris à son propre jeu, à un moment clé… Mercredi, le Premier ministre Edouard Philippe a achevé ses négociations sur la réforme.

Un référendum ? « C’est une vraie option », reconnaît sans ciller un ministre. En haut lieu, on fait savoir que l’hypothèse a été étudiée avec minutie. De De Gaulle à Chirac en passant par Pompidou et Mitterrand, tous les référendums de la Ve République ont été passés au crible. Le bilan des victoires et des échecs a été tiré. La conclusion ? « Les référendums perdus l’ont été par des présidents qui étaient là depuis dix ans, usés par le pouvoir. Ce n’est pas le cas d’Emmanuel Macron. » CQFD. L’occasion de dépeindre un président ne craignant pas le « risque », soucieux d’entretenir un lien sans intermédiaire avec les Français. « Direct au peuple ! » applaudit un proche.

La voie parlementaire privilégiée

La majorité est persuadée que les trois engagements présidentiels de la campagne — moins de parlementaires, une dose de proportionnelle et pas plus de trois mandats consécutifs — parlent aux Français. Et sont de nature à ringardiser ceux qui s’y opposeraient, à commencer par les sénateurs. « Il y a ceux qui veulent moderniser et les autres ! » fanfaronne l’entourage du président, relevant que les questions sur les privilèges des élus « déchaînent » les auditeurs aux standards des radios. Pour réussir un tel scrutin, il faut « de la lisibilité », « une campagne assez courte pour ne pas s’enliser dans des débats sans fin », phosphore un député LREM… comme si le plan de bataille était déjà prêt.

Mais voilà que l’opposition saisit la menace au bond. « Chiche ! » clament des députés de droite. « Oui ou non, voulez-vous consacrer Bonaparte ? Voilà sur quoi va se jouer la campagne référendaire », savoure d’avance un cadre LR. Olivier Faure, patron du groupe PS à l’Assemblée, emboîtant le pas des communistes, plaide désormais pour un référendum. Lui aussi veut un débat « devant les Français » alors que l’exécutif cherche, selon lui, « à brider tous les contre-pouvoirs ».

En réalité, la voie parlementaire reste privilégiée par le pouvoir. En tout état de cause, le gouvernement laissera le débat se mener à l’Assemblée et au Sénat, tout en se gardant la possibilité de lâcher du lest. Un cadre de la majorité résume ainsi l’état d’esprit du président : « J’ai pris des engagements devant les Français. Je le ferai avec ou sans vous. Mais c’est mieux si on le fait ensemble. » Ce n’est qu’en cas de blocage que l’arme référendaire sera dégainée. Car dans cette affaire, chacun, majorité comme opposition, peut y laisser des plumes.

Source : Myriam Encaoua et Pauline Théveniaud / Le Parisien.