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La schizophrénie n’est pas un dédoublement de la personnalité

La schizophrénie peut se manifester par des hallucinations auditives ou visuelles.                                                                                        Photographer:Marjan Apostolovic/marjan4782 – stock.adobe.com

 

La maladie est encore largement méconnue et incomprise du grand public comme en témoigne Julien, diagnostiqué il y a 5 ans.

Quatre Français sur cinq pensent encore que le dédoublement de la personnalité est un symptôme de la schizophrénie, selon un sondage d’OpinionWay publié en mars 2018*, à l’occasion de la Journée mondiale de la schizophrénie. Pourtant, c’est faux. Si la pathologie peut se manifester par des hallucinations auditives ou visuelles, le patient n’adopte en revanche jamais une autre personnalité. Par ailleurs, seuls 45% et 35% des sondés savent que la maladie, qui touche près de 650 000 personnes en France, s’accompagne de troubles de la mémoire et de perte d’énergie.

Cette méconnaissance de la maladie n’est pas étonnante, dans la mesure où certains psychiatres*, spécialistes de cette maladie, ne citent pas non plus toujours les bons symptômes. Un quart des psychiatres interrogés, lors de ce sondage, pensaient, à tort, que la schizophrénie pouvait se manifester par des troubles obsessionnels du comportement, ou TOC. Ils étaient 21% et 18% à citer les troubles du comportement alimentaire ou encore la bipolarité, c’est-à-dire l’alternance de dépressions et de phases maniaques.

Des personnes dangereuses?

«Dans les médias, les schizophrènes sont également souvent dépeints comme des personnes dangereuses, violentes alors que c’est tout l’inverse», dénonce Julien, 37 ans, diagnostiqué schizophrène en 2013, après quinze ans de souffrances sans que la maladie ne soit détectée. Une étude de l’Université Aix-Marseille, publiée fin 2017 et portant sur quatre quotidiens nationaux et quatre quotidiens régionaux, montrait que la presse française associait la schizophrénie à la dangerosité dans 30% des articles traitant du sujet.

«Seuls de rares cas donnent lieu à des accès de violence au cours d’une crise, et cette agressivité est le plus souvent tournée vers le patient lui-même», note l’Inserm. Julien en témoigne: «La seule fois où j’ai été violent, j’ai tenté de me suicider.» Environ une personne schizophrène sur deux fera une tentative au cours de sa vie. 10% de ces tentatives se terminent par le décès du patient.

Une maladie handicapante

«La vie d’une personne schizophrène n’a rien à voir avec celle que l’on imagine», explique Julien. «C’est une maladie qui fait peur à la société. Pourtant, cela ne devrait pas être ainsi, car la pathologie est avant tout très handicapante pour le patient. C’est une source de souffrance pour nous, comme pour notre entourage».

Cette maladie mentale complexe apparaît en général entre 15 et 25 ans et associe un ensemble de symptômes. Certains sont facilement identifiables: idées délirantes (c’est-à-dire en dehors de la réalité), désorganisation et délire de la pensée ou encore hallucination. Mais, les schizophrènes sont aussi touchés par des symptômes dépressifs, anxieux, des troubles de la mémoire, des baisses de l’attention ou un manque d’énergie.

Des soins possibles

La prise en charge de ces symptômes de la maladie est possible. Mais, encore faut-il que les patients soient informés sur leur maladie. «Cette pathologie est tellement stigmatisante, que cela retarde parfois l’entrée en soin des patients», explique le Dr Pierre de Maricourt, chef de service de psychiatrie au centre hospitalier Sainte-Anne, à Paris. «Souvent, c’est lors d’une première crise, extrêmement brutale, que le patient entre dans le parcours de soins.»

Une fois la schizophrénie identifiée, il faut accepter sa maladie, ce qui est «souvent difficile», selon Julien. Et commencer un traitement, combinant les médicaments(neuroleptiques par exemple), la psychothérapie et l’accompagnement social. «Aujourd’hui je suis en phase de rétablissement», explique Julien, qui vit désormais dans une petite ville paisible. «Je commence vraiment à aller mieux. Et je suis au début de la reconstruction de ma vie».

* Sondage d’Opinion Way pour le compte du laboratoire Janssen, l’association Promesses, la Fondation Pierre Denlker et l’association Unafam qui a porté sur 1102 Français (grand public) et 100 psychiatres entre décembre 2017 et janvier 2018.

Source :  / Le Figaro