Plus haut plus vrai

La solitude, choisie ou subie ?

Wissal El Mahjoubi

Hardyono Maruf

                       Rubai’yât de Djalal-od-Din Rûmî :

«Cette solitude vaut plus que mille années. Cette liberté vaut mieux que le Royaume du monde.»

Je souhaite aborder la solitude, car je la côtoie quotidiennement au sein de mon cabinet à travers la plainte de ma patientèle concernant ce phénomène existentiel qu’ils tentent de fuir sans pour autant le pouvoir.

En général ce n’est pas la première cause pour laquelle on me sollicite, étant donné qu’on puise toute notre énergie à se soustraire de ce sentiment, à travers des comportements inadaptés. En effet, lorsque nous nous efforçons à déployer notre énergie dans des relations relevant de la dépendance affective, lorsque nous fuyions la réalité par le biais d’une consommation excessive des médias contemporains, «remplir le vide intérieur par la vacuité d’internet et des programmes TV sans profondeur». Nous pouvons entendre la plainte en arrière fond dans les comportements à caractère compulsif et obsessionnel, nous la retrouvons au côté de la dépression entre autres. Elle est tel un doudou que l’on traîne derrière nous, durant les vicissitudes de la vie. Sauf que ce doudou se décompose, il a mauvaise odeur, l’odeur de l’abandon et de la perte, si bien qu’il n’occupe plus sa place primaire celle d’objet de bien-être, mais celui qui nous repulse qu’on tente de fuir et qui nous hante.

À partir de là vous comprenez que lorsque la solitude est subie, elle puise son origine négative dans des expériences de vie qui l’ont modelé ainsi. Dans ce type de configuration, elle devient comme un kyste qui grandit et prend forme à l’intérieur de notre vie psychique, empêchant l’être en question de se réaliser par soi-même, et de se connaître tel qu’il est au fond de son océan de vie interne.

Prenons conscience que la solitude est liée à la maturité affective, les deux s’acquiert dès nos premières expériences de vie. Bien que nous soyons de plus en plus enclin à la vie en solitaire,  ( environs 35% des ménages constitués d’une seule personne en France, selon une étude de l’Insee première, numéro 1663, le 28/08/2017  ), nous devons différencier le phénomène de solitude subie  au fait de vivre seul ou d’être physiquement seul dans un lieu donné.

Ainsi, nous pouvons très bien s’accommoder d’une vie en solitaire dans notre habitat, et pour autant jouir d’une vie sociale, favorisant l’équilibre de nos besoins internes et environnementaux, comme nous pouvons vivre en couple et ressentir une solitude oppressante.

Il est   important de prendre du recul sur le phénomène de la solitude, c’est avant tout un état intérieur ressenti au milieu d’une foule ou seul dans l’obscurité de notre chambre.

Donald Winnicott

Selon Winnicott, la capacité d’être seul interroge l’aptitude à être seul psychiquement. Nous retrouvons l’essence de cette dernière dès la prime enfance.

 En effet, ce qui va être mis en jeu c’est la capacité de la mère nourricière à laisser son enfant à jouir de son seul être. Winnicott postule qu’un bébé « ça n’existe pas », c’est à dire qu’un nourrisson ne peut exister seul, il doit y avoir nécessairement l’appui d’une personne maternante à ses côtés. Sans cela, il ne peut survivre par lui-même. Le bébé est ainsi fondamentalement dépendant de son environnement. Donc pour être seul il faut être dans un premier temps au minimum deux. Pour qu’il y est une séparation «sécure» entre le parent et l’enfant, ce dernier se saisit de l’identification «au bon objet intériorisé». C’est à dire lorsque l’enfant développe une relation saine avec l’adulte maternant, cela suffit pour qu’il ait confiance en lui.

De ce fait, l’enfant acquiert une maturité affective lui permettant de prendre conscience de son unité corporelle et psychique. Dans le cas contraire l’enfant va réagir à l’environnement plutôt que d’exister dans celui-ci.

La solitude choisie c’est une rencontre avec soi, paradoxalement nous ne sommes pas seul mais en communion avec notre être. Nous savourons les moments précieux entre notre monde interne et ce que notre environnement a, à nous proposer. En sommes nous vivons l’instant présent. Vivre ces moments de solitudes nous permettent d’accéder à la liberté d’être soi, et ceci indépendamment du regard de l’autre.

À la question : Comment passer d’une solitude subie à une solitude choisie ? Il faut tout d’abord comprendre ce qui nous fait fuir à l’intérieur de nous. Car l’origine de la solitude subie, celle dans laquelle on s’enlise, se forme à partir de peurs archaïques. Il faut s’interroger sur ce qui nous pousse à négocier notre liberté subjective pour celle d’un faux-self normalisé et dépendant. Lorsque nous avons compris ce qui nous effraie dans la rencontre de soi, il faut prendre le temps d’accueillir les émotions en liens avec nos enjeux psychiques.

Concrètement dans le quotidien, apprendre à s’exercer à l’auto-compassion, la compassion nous l’avons de manière extraordinaire pour notre environnement et nous la délaissons quand il s’agit de notre personne, pour laisser place à l’auto-censure et le jugement de soi. Par la force des choses nous devenons notre propre dictateur interne.

La solitude est un sentiment non une réalité en tant que telle, intégrer cette notion c’est prendre de la distance avec les ressentis en lien avec cette dernière (honte, tristesse …). Dans la quête de soi, il y a la recherche de l’accomplissement de soi, à travers des moments de solitudes bienfaisants, nous pouvons ritualiser des moments pour nous-même dans une journée. Prendre le temps de se relaxer, pratiquer de la méditation, une activité sportive, lire un livre qui nous inspire, l’important dans ce moment pour soi c’est l’instant. La personne doit apprendre à être dans l’ici et maintenant. Afin d’être en communion avec ces émotions et ses envies. Dresser une liste dans laquelle vous pouvez détailler vos objectifs de vie indépendamment de vos peurs et du regard de l’autre. Pour accomplir vos objectifs vous auriez besoin d’une pincée d’auto-compassion, une pincée de patience, nappé d’une couche de bienveillance.

Si vous réussissez à vous rencontrer dans l’expérience de la solitude, vous arriverez à donner un sens à votre vie, dans lequel l’acteur principal (autrement dit, VOUS) ne sera pas lésé.

 

Wissal El Mahjoubi

Psychologue clinicienne, suivi en présentiel et en ligne.