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« Le système de santé est à bout de souffle », estime le président de l’ordre des médecins

Le président du Conseil national de l’ordre des médecins, Patrick Bouet, tire la sonnette d’alarme dans une interview au JDD. Il estime que le « système est à bout de souffle ».

Le président du Conseil national de l'ordre des médecins, Patrick Bouet, tire la sonnette d'alarme dans une interview au JDD. Il estime que le "système est à bout de souffle".
© Olivier Jobard/ M.Y.O.P Le président du Conseil national de l’ordre des médecins, Patrick Bouet, tire la sonnette d’alarme dans une interview au JDD. Il estime que le « système est à bout de souffle ».

De la colère mise en mots. Depuis son accession à la tête du Conseil national de l’ordre des médecins en 2013, Patrick Bouet ausculte le système de santé. Il recueille les doléances des soignants, souvent proches du burn-out, mais aussi celles de patients remontés contre les déserts médicaux ou l’attente aux urgences. Dans un ouvrage qui paraît mercredi, le généraliste livre son inquiétant diagnostic : l’impératif de réduction des dépenses serait la seule véritable boussole de nos dirigeants politiques. Le propos, accusatoire, surprendra dans la bouche du président d’une institution réputée pour sa frilosité. Mais Bouet rappelle que l’ordre vichyste a été refondé par de Gaulle à la Libération et que le Général lui avait donné pour mission d’assurer l’accès au soin de tous. Dans son essai, le docteur Bouet propose aussi quelques remèdes : la construction de projets collectifs ancrés dans les territoires et des investissements financiers massifs. Interview.

Ne cédez-vous pas au catastrophisme en parlant d’une « explosion programmée » du système de santé?

Ce n’est pas un énième cri d’alarme mais l’aboutissement d’une réflexion de cinq ans. Une réflexion basée sur une connaissance du terrain – l’institution que je préside est présente dans chaque département – et aussi sur ma propre expérience : je suis généraliste en Seine-Saint-Denis depuis quarante ans. Dans mon cabinet, j’ai vécu toutes les évolutions, toutes les réformes successives qui ont conduit notre système, un bien commun, à l’impasse actuelle : il est à bout de souffle! Nous sommes vraiment arrivés à la fin d’un cycle. Si la machine continue de tourner, c’est grâce à l’engagement des aides-soignantes, des infirmiers, des kinés et des médecins, étudiants, libéraux ou salariés du public et du privé. C’est miraculeux qu’ils continuent de croire en leur mission!

Pourquoi sortir du bois avant les annonces du gouvernement, qui prépare justement une réforme?

Emmanuel Macron s’était engagé à réformer les retraites, mais il n’avait pas prévu de s’attaquer au système de santé. Aussi nous craignons que le projet en préparation au ministère de la Santé soit plus un cataplasme que la réforme globale attendue par l’ensemble de la population. Nous disons au président de la République que nous ne pouvons pas croire que la santé puisse être l’oubliée de sa volonté réformatrice.

 

Santé : Le JDD