Plus haut plus vrai

Trump ou la diplomatie de l’escalade.

Ce qui constitue une politique, c’est la capacité à incarner une vision et celle de parer les conséquences. C’est ce que l’on nomme l’art de la diplomatie. Comme sur un échiquier, il serait fou de vouloir jouer aux dames, pensant que l’immédiateté d’un coup puisse faire remporter la partie.

Eh bien ce qui caractérise la politique du Président Trump, c’est cette faculté de penser de la façon la plus primaire sans concevoir les effets. Toutes ses décisions sont empreintes de réaction plus que de réflexion. Lui qui a initié la téléréalité et la diplomatie du Tweet, devrait prendre conscience que l’on n’est pas dans une scène où les chiffres d’audiences fondent les choix. La décision prise la veille, concernant la représentation diplomatique des États-Unis, transféré à Jérusalem, est bien loin de trouver une solution pacifiée, car il s’agit d’une décision lourde de conséquences équivalant à brandir une torche dans une poudrière. En admettant que Jérusalem est la capitale de l’État d’Israël, c’est abandonner les prétentions de l’autorité palestinienne et admettre que ce lieu, berceau de la religion du livre, n’est pas pluriel, mais bien la possession d’une religion qui en a oublié l’histoire, mais surtout d’une reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur Jérusalem, ce que la communauté internationale n’a jamais fait, non par manque de courage, mais par souci de trouver un équilibre dans une ville trois fois sainte.

C’est mettre en germe les futurs conflits comme le fit en son temps une intervention américaine en Irak, qui exacerba les tensions et mena à un niveau de terrorisme jamais égalé dans l’histoire. Il semblait que les États-Unis avec leur autonomie énergétique tirée du gaz de schiste s’étaient désintéressés de cette partie du monde qui ne représentait plus les aspects pétro stratégique et que l’on pouvait enfin s’attacher à un règlement sinon à une modération dans les tensions entre les communautés.

Oui mais voilà, ce n’était sans compter sur une loi votée par le congrès américain en 1995 et jamais appliquée par les locataires de la Maison Blanche : Le Jérusalem Embassy Act. Ce texte en légiférant sur une ambassade américaine à Jérusalem, revient à reconnaître la souveraineté de l’état d’Israël sur Jérusalem. Pure folie que de croire en une telle situation monolithique alors que les Palestiniens sont parqués dans une prison à ciel ouvert qui se nomme GAZA.

Au-delà de la tragédie qui se joue sur ces populations, le risque de faire passer la religion musulmane pour une religion secondaire, et exacerber les tensions sur un site où d’un même texte se déploie trois religions ayant les mêmes racines : celle du livre, n’a jamais été aussi forte depuis ces dix dernières années. Une nouvelle fois Trump a agi en « petit blanc » du Middle-Ouest, aux accents conservateurs, oubliant les cultures et l’histoire pour privilégier une face d’un problème multiple qui devrait faire de Jérusalem une ville ouverte.

Pour redorer son blason et engranger des actes, il a joué une pièce dans une séquence de politique intérieure où il se trouve en proie à de dangereuses conséquences sur son mandat et des difficultés à trouver une majorité pour sa réforme fiscale. Alors pour occuper le terrain médiatique il utilise une vieille méthode, consistant à détourner le débat des véritables enjeux intérieurs. Les tensions avec l’Iran et les monarchies du Golfe n’en seront que plus fortes et comme avec la Corée du Nord, les décisions prises peuvent à tout instant mener le monde au pire !

L’Amérique sera-t-elle cette puissance impérialiste ou aura-t-elle un sursaut suffisant pour mettre en œuvre une procédure d’impeachment d’un président élu faute d’alternative ?

Emmanuel Vanpoulle