Plus haut plus vrai

Un voile ?

Par Océane Fidoudi.

Faire un article sur le voile, a été, pour moi, à l’image d’une personne qui essaierait d’aborder une autre personne qu’elle ne connait pas, afin de lui demander un service… Il y a toujours du mystère, de la peur de ce que l’on ne connaît pas réellement, d’une réaction que l’on ne maîtrise pas, qui ne dépend pas uniquement de nous. J’ai eu peur de me confronter à l’idée de l’autre par crainte d’une réponse emplie d’amalgames et d’incompréhension suivant les personnes auxquelles j’allais m’adresser (professeurs d’origine française, entrepreneurs, ouvriers, fonctionnaires issus de divers milieux sociaux).

Ainsi, un choix s’est imposé à moi : « souhaites-tu chercher et trouver des réponses à tes questionnements ? Ou préfères-tu te contenter de ce que tu crois être Vrai ? L’enjeu se situerait en cette nuance.

J’ai choisi la recherche, et avec Farid, Jean-Pierre, Yasmine, Jérôme, Chantal, Marie et Steven, j’ai voyagé en Terre Inconnue. Chacune de ces personnes m’a aidée à percevoir le voile d’une toute autre manière. Ainsi, le partage de ces échanges vous est accessible.

Que pensez-vous du voile ?

Farid :

« Pour moi c’est un morceau de tissu, un symbole d’appartenance à la communauté musulmane. Pour moi c’est la Joie, le Bonheur quand il est porté d’une manière élégante mais quand c’est sombre ça m’effraie. Ces femmes qui couvrent leur tête, j’espère qu’elles ne couvrent pas leurs idées, qu’elles ne se restreignent pas ».

Jean-Pierre :

« C’est un peu comme l’extension d’un vêtement. Pour moi ça représente l’image de la mariée qui va retrouver son mari à l’église. Le voile cache la beauté de la femme et se laisse retirer par le mari pour découvrir la beauté de sa femme ».

Yasmine :

« Pour moi le voile, c’est un morceau de tissu que je porte sur ma tête PAR CHOIX » RIRES. « Quand je le porte c’est à l’extérieur, c’est une sorte de sécurité, une « sorte de bulle protectrice ». C’est comme une partie de moi-même, je me sens aussi à l’aise quand je ne le portes pas chez moi ».

Marie : « C’est un vêtement, ça fait partie de la tenue qu’une femme peut porter quand elle se sent en harmonie avec. Ça représente la protection par rapport au regard de l’être humain, ça cache une partie de soi, ça tient chaud l’hiver » RIRES. « Ça m’agace d’avoir à le retirer à chaque fois pour le travail, ça fait partie d’une identité, et j’ai l’impression de la perdre ».

À la vue et à l’écoute de chacun, une réflexion m’est parvenue ; j’ai souvent eu l’habitude d’entendre parler du mot « voile » en association avec l’Islam tout en ayant oublié une de ses principales définitions : « un bout de tissu ».

Jean-Pierre m’a rappelé que le voile pouvait représenter l’accessoire que portait la femme mariée à l’Eglise le jour de son mariage. D’autre part, certaines femmes comme Marie et Yasmine se sentent en adéquation avec elles-mêmes lorsqu’elles mettent un voile sur leur tête. Elles se sentent libres dans leur choix de le porter et se sentent pleinement Femmes tout comme il est possible de croire qu’elles ne le soient pas :

Que pensez-vous des femmes qui ont un voile sur leur tête ?

Jean-Pierre trouve cela « rétrograde ». Pour lui, le voile « cache la féminité de la femme. De plus nous sommes en France, et je trouve cela triste du fait que les femmes se soient battues pour obtenir leurs droits à une certaine époque. Mais je me dis aussi que tout le monde fait ce qu’il veut, la seule chose que je demande c’est qu’on ne me force pas à le porter » RIRES.

Chantal exprime une incompréhension exprimée par cette interrogation : « Pourquoi se priver de cette liberté de se découvrir les cheveux ? Mes amies d’origine marocaine sont tellement belles, elles ont de beaux cheveux, après je trouve que le voile met leurs yeux beaucoup plus en valeur que si elles ne le portaient pas ».

Jérôme considère les femmes voilées comme étant « cool et sympa ! », « ça met du baume au cœur de les voir et d’échanger ».

Marie trouve cela « élégant » ; pour elle « c’est une prise de position par rapport à leur engagement à Dieu. Quand on prend la décision de le porter, on est toujours confronté au regard des autres, donc c’est aussi une prise de position par rapport à la société ».

À mon sens (bien que les propos suivant soient discutables), tout en faisant écho à l’idée de Jean-Pierre, tout en levant une prise de conscience par rapport à la lutte des droits de certaines femmes françaises pour acquérir leurs droits en tant que citoyennes (qui se sont également acquis au niveau de l’indépendance du code vestimentaire), Steven propose un point intéressant : « je suis content que celles qui le mettent passent le cap de la pensée d’autrui, des freins, des barrages sociétaux. Ce n’est pas ce que l’on dégage extérieurement qui reflète ce que l’on est » …

Alors qui êtes-vous ?

Farid, français d’origine marocaine, de confession musulmane : « J’ai 58 ans, j’ai grandi au Maroc, dans une famille où ma mère représentait la combativité de tous les jours, la tendresse et la justice. Elle mettait le niqab, elle était dans une société où tout le monde le portait à son époque, pour elle c’était un vêtement, un réflexe. Et elle était le patron à la maison, elle se sentait forte ».
Jean-Pierre, de nationalité française, sans confession particulière : « Je descends des hommes préhistoriques, je suis un être en constante évolution ».
Yasmine, 21 ans, française d’origine marocaine, étudiante en psychologie : « Je suis pour le bien-être, la liberté, la douceur, l’honnêteté, la sincérité avec tout le monde. J’essaie de ne pas me mettre en conflit avec les autres, la discorde me met mal à l’aise : « la vie est belle, comme le parfum » RIRES. Je suis pour faciliter les choses aux gens ».
Jérôme : « Je viens de Bretagne, d’une famille d’origine française… très française » RIRES. « Je n’avais jamais vu un étranger avant l’âge de 8 ans. Je me suis reconverti à l’Islam à 23 ans. Ma mère : c’est sacré, elle m’a transmis ces valeurs : dignité, honneur, justice, Droit, respect ».
Chantal, d’origine française : « Famille modeste de la campagne. Mes parents seront toujours une référence pour moi. On m’a élevé dans la droiture et le respect des autres. Je me considère comme une personne joviale, j’aime la vie. Moi ce que je demande c’est que l’on discute, j’aime arranger les choses. La porte est ouverte aux autres, en tout bien tout honneur » RIRES.
Marie, 55 ans, d’origine française, convertie à l’Islam depuis quinze années : « Famille de confession catholique. Ma mère était dans l’éducation nationale, elle représente un pilier, un repère pour moi. J’ai été éduquée dans la droiture, l’honnêteté, l’intégrité et dans l’ouverture puisque je n’avais pas de tabous. Je suis fière de mon éducation, dans le courage du travail, mais avec une tendance sévère ».
Steven, 25 ans : « Né en France, je suis humaniste ; ma famille m’a transmis les valeurs comme le partage, l’amour de chacun, peu importe la couleur, riche ou pauvre, maigre ou vieux, peu importe l’orientation sexuelle. Je vis à travers les cultures de tout le monde, je viens de partout à la fois. Mon environnement c’est ma richesse personnelle. Je sais comment je suis parti et je ne sais pas où mon voyage s’arrêtera. J’ai besoin d’apprendre des autres ».

Qu’est-ce qui vous empêcherez d’aller à la rencontre d’une personne qui d’apparence n’aurait pas les mêmes idées que vous ?

Farid : « La non-écoute vouloir me convaincre de ses idées. Si elle oublie qu’il y a un échange je n’irai pas ».
Jean-Pierre : « Le temps m’en empêcherait, je trouve que le temps passe très vite, et que l’on court après lui. La volonté également » RIRES. « Mais principalement le temps, c’est la donnée qu’on ne maîtrise pas, qui nous échappe ».
Yasmine : « Une personne habillée en noir ne me donnerait pas envie d’aller lui parler mais si je vois qu’elle est calme, ouverte et respectueuse, j’irais discuter avec elle ».
Jérôme : « Si d’apparence les personnes sont agressives, fermées, je ne cherche pas à aller vers elles. Si je vois qu’une personne n’est pas disposée à l’écoute je ne cherche pas plus loin ».
Chantal : « Si elle porte une kalachnikov c’est vrai que je n’irais pas vers elle » RIRES. « Des gens qui me regardent de travers aussi. Je ne vais pas juger les personnes sur leur apparence. Je voudrais la paix dans le monde ».
Marie : « Qu’elle me fasse peur, l’indifférence de la personne, le fait qu’elle veuille m’éviter ».
Steven : « Aucune, étant donné que je n’estime pas avoir de barrières pour l’instant ».

Nous pourrions croire que de simples stéréotypes soient assez puissants pour pouvoir dresser des barrières entre les Hommes. D’ailleurs, nous pouvons y croire, nous sommes libres et non contraints (réfutable). Néanmoins, ces entretiens ont su révéler un élément certain : peu importe l’environnement social et culturel duquel nous provenons, les valeurs auxquelles nous sommes attachées, les valeurs avec lesquelles nous avons été élevés participent grandement à notre construction en tant qu’Etre à part entière, tout comme notre environnement « de départ » ne détermine pas le devenir de notre personne ni notre vision du monde.

Les représentations que nous constituons autour d’un sujet tel que le Voile, sont le résultat permanent de confrontation avec nos expériences de vie, nos choix, avec les différentes personnes dont nous faisons la connaissance, avec les conditions et milieux sociaux dans lesquels nous vivons, et surtout avec la confrontation de ce que nous connaissons anciennement de par notre vécu.
Aussi, comme me l’a amicalement expliqué Jean-Pierre : « je t’expose ce ressenti maintenant, mais j’aurais certainement un autre ressenti ce soir, ou demain, ou après-demain. Nous sommes en constante évolution, nos idées changent en fonction de divers facteurs auxquels nous sommes exposés ; rien n’est jamais identique ».

Je redécouvre à chaque entrevue le fait qu’un humain n’a pas une valeur supérieure à un autre être humain. Chaque personne considérant son opinion comme La Vérité, il semblerait qu’il existe plusieurs vérités s’exprimant en Une seule : le fait qu’elles existent toutes en complémentarité les unes avec les autres.
La relation avec une personne autre que moi, m’a offert un cadeau inestimable : la capacité d’observer un phénomène sous un autre angle. La capacité de me projeter vers une autre vision et ainsi de pouvoir grandir mes opinions et ma connaissance sur le monde qui m’entoure.

Ainsi, chaque personne tirera ses propres idées de ce qui aura été inscrit sur ces pages ; écrivons notre histoire…
Ce sont de merveilleuses cartes du monde qui m’ont été exposées. Ce sont de merveilleuses personnes avec lesquelles j’ai échangé. Merci à vous tous, profondément.

« Nous n’avons comme limite que ce que l’Univers nous laisse à observer ». Albert Einstein.