Plus haut plus vrai

Que veut la banlieue ?  De Karim Bouhassoun.

Propos recueillis par Dounia Makhlouf

Présentation du livre:

Broché: 226 pages

Éditeur : L’Harmattan (15 septembre 2017)

Langue : Français

ISBN-10: 2343126518

ISBN-13: 978-2343126517

Dimensions du produit: 13,5 x 1,5 x 21,5 cm

Tarif : 23 €.

 

 

 

 

Présentation :

Karim Bouhassoun
J’ai 38 ans et exerce le métier de conseiller politique depuis quelques années. Militant de l’insertion par la culture, je me suis engagé tôt pour la lutte contre le « décrochage » scolaire puis auprès de chefs d’entreprises, d’associations et d’élus. Né dans un quartier populaire de l’Essonne (91), j’aime lire, écrire et essayer de convaincre à mon tour. Ma passion pour les livres m’a transporté jusqu’à la Sorbonne où j’ai étudié la philosophie et à Sciences Po Paris. J’ai publié « Quatre nuances de France » (Salvator, 2016, Paris – disponible ici) préfacé par Jean-Louis Debré et avec un avant-propos de Jean-Pierre Chevènement. Ce livre est un dialogue sur des questions que nous nous posons tous : intégration, laïcité, banlieues, éducation, immigration, République, religion… de quatre personnes que rien ne disposait à se rencontrer : Rachid Arhab, l’ex-présentateur du JT de France 2 puis membre du CSA, Xavier Driencourt, diplomate français, ancien ambassadeur de France en Algérie et Nacer Safer, un ancien sans papier algérien vivant en France depuis 12 ans. Nos entretiens vifs mais sincères reflètent un rêve d’avenir partagé, celui de la République et un amour commun, celui de la France. Une belle leçon de tolérance et de respect de l’autre, face aux tentations populistes, communautaristes et extrémistes.

 

Questions :

 

  • Karim Bouhassoun, vous avez vécu dans la banlieue de Vigneux-sur-Seine et aujourd’hui vous êtes conseiller politique, à quoi devez-vous votre réussite professionnelle ?

À une certaine errance, à une succession d’échecs qui finalement m’ont permis de me raccrocher au train des études. Si on remonte plus haut, sûrement aussi, et en toute sincérité, une éducation parentale équilibrée qui a laissé la part du lion à l’éducation scolaire dans notre éducation tout court. Ma mère et mon père avaient en quelques sortes donné une « délégation de service public » aux instituteurs pour tout ce qui ne concernait pas notre vie privée. Cela est resté. Enfin, j’ai une passion, la chose publique, que j’ai découverte assez tard. Le drame est que beaucoup de nos jeunes que je rencontre dans les collèges aujourd’hui ne croient pas à l’école comme levier de réussite, ou pire, ils n’extériorisent pas de projet. Alors qu’il faut un cap pour avoir un projet de vie.

  • Pensez-vous qu’en 2017, l’ascenseur social est en panne ?

Il ne faut pas le nier, on peut dire que je viens de loin. J’ai réussi et pour beaucoup, j’incarne une forme de méritocratie républicaine. Mais pour un Karim qui s’extrait de sa condition sociale grâce à Sciences Po, combien d’autres sont restés de l’autre côté de la crête ? Le système scolaire reproduit les inégalités. Le taux d’orientation vers les filières professionnelles des élèves scolarisés en ZEP explose, leur capacité à obtenir un bac scientifique est 10 fois inférieure à celle des enfants de cadres, l’incidence des inégalités sociales dans les résultats scolaires a été multipliée par trois en 30 ans, le nombre de « décrocheurs » est toujours reconduit, année après année… on entre en territoire inexploré. Alors que l’école est censée gommer les inégalités héritées pour offrir un horizon des possibles, elle reproduit les inégalités. Il faut ouvrir les yeux car l’école à deux vitesses que nous avons instituées avec le régime des ZEP est en réalité le tombeau de nos principes. Sur le plan économique, les discriminations diverses et variées coûtent aux jeunes diplômés issus des quartiers prioritaires leur carrière, et 7% du PIB à la France. Enfin, alors qu’on crée deux fois plus d’entreprises dans nos banlieues – entendez par là des espaces qui regroupent 5 millions de Français – elles meurent deux fois plus vite que la normale. Il y a beaucoup à faire pour les accompagner. L’ascenseur social est en état de marche mais au point mort, et il a besoin d’une action résolue et novatrice de l’Etat être relancé.

  • Vous souhaitez une reconnaissance des banlieues dans le discours politique et crée un ministère des banlieues, sous quelle forme ? Et quels dispositifs doivent d’être mis en place ?

L’inscription des territoires fragiles dans les affaires réservées du président de la République, et un ministère de plein exercice pour le développement des banlieues sont les principaux leviers d’inscription dans l’action publique. Avant cela, il faut des discours. Pourquoi ? Parce que la prise de parole publique nourrit la prise de conscience. Et que la question économique et sociale majeure aujourd’hui, ce sont les 5 millions de personnes qui vivent dans plus de 1 000 quartiers qui ont décroché et qui n’ont plus de perspectives de progrès. Des décisions doivent alimenter les discours, et les discours doivent alimenter les décisions. Parler d’une chose, c’est presque la faire. Ne pas en parler, c’est la garder pour soi, voire pire l’oublier, et ce qui pose problème c’est ce qui n’est pas dit. Le discours public de ceux qui ont la banlieue au cœur est primordial : élus locaux, responsables associatifs, militants, chefs d’entreprises, directeurs d’établissements et professeurs… Ils doivent convaincre le Gouvernement et les responsable de parti qu’il faut des moyens sans précédent et des investissements à une échelle qu’on aurait même pas osé imaginer. C’est la règle des « trois 5 » : 5 milliards d’euros, sur 5 ans, sur 5 priorités. Des priorités immatérielles : formation et éducation ; développement économique ; culture ; droit à la ville et démocratie locale. Les actions financées, par exemple, sont le développer d’activités pédagogiques de mixité dans un objectif de formation civique, la réforme de la représentation locale avec des conseils économiques et sociaux à tous les échelons de collectivité, le parrainage massif de centaines de milliers de créateurs d’entreprises, la mise en place de régies de transports publics pour les publics en retour vers l’emploi, notamment dans nos campagnes.

  • Pourquoi les jeunes de banlieues ne s’engagent peu ou pas en politique ?

Je pense qu’ils s’engagent au contraire sur le plan intellectuel sans l’extérioriser, et qu’ils sont politisés et suivent les sujets nationaux et internationaux. Mais qu’ils ne maîtrisent pas les leviers de leur représentation : système des partis politiques et des sections locales, animation de réseaux locaux, liste électorales, délaissement du levier associatif, etc… Une génération entière d’enfants de banlieue a été prise au piège de la dialectique de la « diversité ». C’est regrettable car c’était une impasse.

  • Connaissez-vous le PIR (parti des indigènes de la république) ?

Non, pas du tout. Cela existe ?

  • Finkielkraut remet au débat d’actualité la formule les « souchiens » et non « souchiens », que pensez- vous de cette expression qui divise la population française en deux catégories ?

Alain Finkelkraut a comme doctrine de sa matrice philosophique la question identitaire. Je pense que c’est anti-républicain.

  • Vos conseils aux jeunes de banlieues pour réussir ?

Vous êtes Françaises et Français, travaillez donc pour votre pays et pour celles et ceux qui ont besoin de vous. C’est le double-dividende : avoir une responsabilité sociale permet de se dépasser soi-même (dans tous les sens du terme), et réussir en étant en résonance avec les autres, cela n’a pas de prix, vous vous en rendrez compte avec le temps. Deuxième chose, croyez au travail. Il n’y a jamais de travail perdu. A l’école, en apprentissage, pour passer un concours, pour préparer une compétition sportive, un voyage, un examen… Le travail n’est jamais perdu, je le répète. Il faut orienter ses efforts d’abord. Puis il faudra certainement travailler plus pour prouver que le lieu d’habitation ou la couleur de peau n’ont pas de sens, sauf à apporter quelque chose en plus à notre société, à votre entreprise. Il faut mûrir vite car beaucoup d’indicateurs montrent que ce sera plus difficile. Je leur conseille à nouveau de s’engager dès à présent pour aider d’autres personnes, car on est tous l’élite de quelqu’un et qu’il ne faut pas attendre le nombre des années pour rendre ce qu’on a reçu. Enfin, et je m’adresse aux jeunes de partout : quand on vous dira « reste à ta place », c’est le signal pour changer de rôle, et quand on tentera de vous faire taire, prenez la parole !

 

Liens :

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